Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre 21 aspects méconnus de la Loi sur les Indiens de Bob Joseph (Montréal, Éditions Michel Lafond Canada, 2026, 226 pages). Traduit de l’anglais par Natasha Kanapé Fontaine.
Le terme réconciliation signifie l’action de réconcilier des adversaires, des gens fâchés entre eux1. C’est un mot que l’on emploie désormais régulièrement pour parler des actes posés entre l’État canadien et les peuples autochtones. Cependant, il est parfois difficile de comprendre ce qui s’est passé, car rarement nos erreurs nous sont enseignées. Avec 21 aspects méconnus de la Loi sur les Indiens, Bob Joseph apporte un éclairage nécessaire à tout un pan de notre histoire.
Constitué autour de 21 thématiques, le livre remonte à la genèse de la Loi sur les Indiens, adoptée en 1876. Bien que cette législation ait mis alors en place le fonctionnement des réserves, d’autres lois colonialistes antérieures en ont établi les bases. Ainsi, aussi peu que deux ans après l’adoption de la Constitution canadienne de 1867, soit en 1869, l’État intervenait dans le système électoral des chefs de bande ainsi que dans la perte du statut d’Indienne pour les femmes épousant un non-autochtone.
Des restrictions s’ajoutent au fur et à mesure des révisions mineures ou majeures de la Loi. Certaines sont désormais mieux connues, comme la mise en place des pensionnats autochtones en 1886, pour séparer l’éducation des enfants de leur milieu familial. D’autres sont surprenantes, comme la mise en place d’un système de permis pour contrôler la capacité des Indiens à vendre les produits de leur ferme (1881) ou l’interdiction à toute personne, Indien ou non-Indien, d’amasser des fonds pour que les Indiens puissent embaucher des conseillers légaux (1927). Parfois, ce sont des assouplissements que l’on voit poindre, surtout après la Seconde Guerre mondiale, qui a montré à la face du monde les horreurs d’une volonté politique d’éradiquer un peuple. Ainsi, en 1951, cette loi n’interdit plus les cérémonies culturelles ou l’organisation de partis politiques.
Ce que met en relief la lecture de ces 21 aspects méconnus de la Loi, c’est son objectif ultime, c’est-à-dire l’assimilation pure et simple de tous les peuples autochtones dans tous le pays : « Les réserves étaient perçues, pendant une grande partie du XIXe siècle, comme des lieux de confinement des Indiens jusqu’à ce qu’ils deviennent “civilisés”. » (p. 36) Aussi, ces mesures sont considérées comme temporaires, puisque l’assimilation doit s’effectuer dans un délai assez court. Après tout, pour les mentalités de l’époque, pourquoi refuser de devenir un être civilisé? À ce titre, dans la section portant sur les pensionnats indiens, il est question d’un rapport accablant qui aurait pu ralentir la volonté assimilationniste du gouvernement : le rapport Bryce. Celui-ci révèle le taux anormalement élevé de mortalité des enfants autochtones dans les pensionnats en raison de la propagation de la tuberculose ainsi que les actions à effectuer pour régler le problème. Mais le rapport n’est jamais publié… « La plupart des recommandations de Bryce ont été rejetées par le ministère des Affaires indiennes, qui les jugeait trop coûteuses et non conformes à la politique gouvernementale visant une assimilation rapide et abordable. » (p. 78)
Ce livre nous permet donc de mieux prendre la mesure des torts causés aux différents peuples autochtones au Canada durant toutes ces années. Il permet également de mieux comprendre qu’aujourd’hui, ses effets se font encore sentir.
Après avoir pris la pleine mesure des différents aspects de la Loi sur les Indiens, les annexes permettent d’entamer un nouveau dialogue avec des bases plus solides : un vocabulaire commun, une chronologie des pensionnats indiens, les appels à l’action de la Commission de vérité et réconciliation, ainsi que des activités pédagogiques. Certainement pour ne plus jamais accepter ce racisme envers les peuples autochtones, l’ouvrage se termine sur des citations de deux figures historiques canadiennes : John A. Macdonald, premier ministre du Canada de 1867 à 1873 et de 1878 à 1891, et Duncan Campbell Scott, surintendant général adjoint des Affaires indiennes de 1913 à 1932.
L’auteur Bob Joseph est un chef héréditaire de la Première Nation Gwawaenuk, en Colombie-Britannique, et une figure majeure de la réconciliation au Canada. Par la publication de ce livre, il permet de lever un voile afin de mieux comprendre la société dans laquelle la Loi sur les Indiens a été créée, mais surtout de reconnaître qu’en 2026, nous refusons de cheminer dans ce même cadre.

Jacinthe Dostie étudie à l’Université Laval en vue de l’obtention d’un baccalauréat en littératures françaises et québécoises, puis d’une maitrise en histoire, option archivistique. Après avoir agi dix ans à titre de responsable de la gestion documentaire au ministère de la Justice, elle travaille actuellement à la Division de la gestion des documents administratifs et des archives de l’Université Laval.

