Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre Cuisine autochtone : saveurs et savoir-faire d’hier à aujourd’hui de Lysanne O’Bomsawin (Montréal, Éditions de l’Homme, 2024, 216 p.)
Avec son livre de recettes Cuisine autochtone : saveurs et savoir-faire d’hier à aujourd’hui, la cheffe abénaquise Lysanne O’Bomsawin nous entraîne à sa suite vers une aventure exceptionnelle : plonger dans l’univers culinaire des autochtones du Québec. Accompagnée dans cette ethnographie culinaire de son mari et photographe François Pilon, qui signe les magnifiques images, elle nous présente une cuisine pleinement connectée aux différents terroirs des onze nations, prolongation d’une culture métissée, mais toujours authentique.
Point de jonction entre la culture et les traditions, la gastronomie permet d’affirmer son identité. Avec des menus originaux, combinant divers produits du terroir, des viandes de bois, des poissons et des algues, la cheffe traiteur nous invite au voyage en territoire. Nul besoin de partir au loin pour être dépaysé par des aliments indigènes comme le pawpaw et le riz sauvage canadien! Et que dire des écureuils gris croustillants au miel épicé!
Ce livre s’articule comme un récit. La première section tente de répondre à la question « Qu’est-ce que la cuisine autochtone ». Il s’agit en effet d’une épineuse question, puisqu’il serait possible de rétorquer qu’il y a autant de cuisines que de nations. Or toutes les recettes présentées ici retournent aux traditions et visent à célébrer et à mettre de l’avant la connexion avec la nature. Des techniques de cuisson y sont également expliquées comme la fumaison avec la construction d’un fumoir.
La seconde section s’intitule « La cuisine métissée ». Elle souligne les apports mutuels faits entre les Premières Nations et les autres cultures. On y retrouve des ingrédients locaux, mais cuisinés avec des techniques culinaires ou alliés à des ingrédients issus de contacts extérieurs, comme une sauce à spaghetti au chevreuil. De plus, pour marquer ce métissage, les recettes et les photographies ont été réalisées au Village québécois d’antan de Drummondville. Pour l’anecdote, la cheffe avait complètement oublié qu’il n’y avait pas d’électricité dans les bâtiments. Résultat : retour forcé aux sources!
Enfin, « La cuisine autochtone contemporaine » se dévoile en dernière étape de cet inspirant projet. On y trouve une incursion vers la gastronomie autochtone, toujours avec des ingrédients issus du terroir, comme le poivre des dunes, l’intrigant sumac moulu ou encore le caryer ovale, notre pacane du Québec! La cheffe rassembleuse s’est alliée avec l’école hôtelière de la Montérégie pour réaliser ses recettes. Les défis s’enchaînent ici. Par exemple, les contraintes liées à l’utilisation des viandes de bois chez les restaurateurs sont limitatives selon les réglementations québécoises du MAPAQ. Pourtant, l’introduction de ce chapitre présente avec humour les apports mutuels de cette réalisation.
Au terme de cette lecture, il serait possible de s’imposer des limites sous prétexte que de se procurer du lynx ou de trouver de la graisse d’ours constitue une mission impossible. En effet, l’approvisionnement de certaines denrées paraît un défi de taille. Pourtant, l’ensemble constitue une véritable mine d’inspiration et de découverte. La Cuisine autochtone de Lysanne O’Bomsawin s’invite désormais chez moi et je m’engage à y laisser une place au fil des saisons et de mes explorations.
Pour aller plus loin, voir l’entrevue de Catherine Ego avec Lysanne O’Bomsawin dans le cadre de l’émission de radio Confluents.

Jacinthe Dostie étudie à l’Université Laval en vue de l’obtention d’un baccalauréat en littératures françaises et québécoises, puis d’une maitrise en histoire, option archivistique. Après avoir agi dix ans à titre de responsable de la gestion documentaire au ministère de la Justice, elle travaille actuellement à la Division de la gestion des documents administratifs et des archives de l’Université Laval.

