Aller au contenu Aller à la barre latérale Atteindre le pied de page

De la mission chez les Muras à la mission chez nous

Image en bandeau : Mission chez nous a 30 ans | Photo : Andrew Seaman/Unsplash

À noter : À l’occasion du 30e anniversaire de Mission chez nous, que nous soulignerons au cours des prochains mois, nous publierons, à raison d’un par semaine, plusieurs articles qui seront regroupés sous la rubrique « Mission chez nous a 30 ans ». Ils feront état du parcours de l’organisme, des intuitions de départ qui l’ont nourri jusqu’aux horizons à entrevoir, en passant par la riche expérience de l’engagement actuel des personnes présentes au sein des communautés autochtones. Témoins du passé, membres du CA, intervenantes et intervenants pastoraux, allié·e·s, membres des Premiers Peuples prendront la parole pour raconter ce périple hors du commun, axé sur la rencontre et le dialogue. À ne pas manquer !

 

Dans ce sixième texte, Mgr Martin Laliberté, membre du conseil d’administration de Mission chez nous, nous parle de son lien fidèle avec les Autochtones d’ici et d’ailleurs.


Après avoir embrassé pendant 8 ans l’univers des Muras en Amazonie, une fois nommé évêque au Québec, Mgr Laliberté replonge dans ces anciennes amours.

En novembre 2019, le pape François me nommait évêque. Cette nomination a été l’occasion de replonger au cœur des relations entre l’Église et les peuples autochtones. Je pense ici à toutes les questions touchant le processus de réconciliation, au fait que nos frères et sœurs atikamekw soient présents en grand nombre sur le territoire du diocèse de Trois‐Rivières dont je suis l’évêque ou encore à la demande qui m’a été faite de me joindre au conseil d’administration de Mission chez nous.

Mgr Martin Laliberté
Mgr Martin Laliberté

Je dis bien replonger. Si j’en étais à mes premiers pas dans les questions autochtones au Canada, mes neuf premières années de ministère comme prêtre ont été marquées par un contact constant avec les peuples autochtones de l’Amazonie brésilienne. En effet, trois mois après mon ordination sacerdotale comme membre de la Société des Missions‐Étrangères en 1995, j’étais envoyé au Brésil, dans le diocèse de Coari, au cœur même de l’Amazonie.

J’ai été pendant près de huit ans le curé de la paroisse Saint‐Sébastien de Caapiranga située sur un affluent du grand fleuve Amazone. Celle‐ci comptait trois communautés dans la ville de Caapiranga (10 000 habitants) et une vingtaine de communautés rurales accessibles seulement par bateau. La population de ma paroisse était soit le fruit d’un métissage entre Portugais, Afro‐brésiliens et Autochtones, soit formée de membres du peuple Mura, un des peuples de la famille autochtone Tupi‐guarani.

Les traits culturels des Muras se caractérisent par une relation profonde et privilégiée au fleuve et à la forêt. Cette particularité teintait tout le quotidien de la vie des gens et, par conséquent, mon action pastorale.

C’est ainsi qu’il m’a fallu apprendre à respecter le rythme de vie des gens qui suit celui du fleuve marqué par des périodes de crues et des périodes de sécheresse. La patience y devient une vertu, l’impatience un grand défaut et une source de moqueries de la part des gens. De même qu’on ne peut précipiter par le pouvoir de notre volonté l’arrivée de l’eau nouvelle qui marque la fin de la sécheresse en décembre, on ne peut inciter les gens à l’action avant l’heure. Je l’ai appris assez vite. C’est un exemple parmi d’autres des nombreuses adaptations culturelles vécues durant mon expérience au Brésil.

Bien que les Muras soient en majorité chrétiens et catholiques depuis plusieurs générations, leur foi reste empreinte de la spiritualité traditionnelle de leurs ancêtres. Le Christ a su faire son chemin dans tout cela, touchant leur cœur et rendant fécond le travail de ceux et celles qui leur ont annoncé l’Évangile avec bienveillance, et ce, malgré leurs limites et les erreurs commises en cours de route.

Je rends grâce à Dieu pour ce temps où j’ai partagé la vie de mes frères et sœurs amazoniens et je lui demande de m’aider à m’ouvrir avec respect à la culture de mes frères et sœurs autochtones auprès de qui je suis maintenant en mission chez nous.

1 Comments

  • Michel Auclair
    Publié 20 février 2024 à 10 h 46 min

    L’article de Mgr Martin Laliberté, évêque du diocèse de Trois-Rivières, est vraiment intéressant. Merci.

Laisser un commentaire