Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre Des glaçons comme du verre d’Isabelle Picard (Québec, Flammarion Québec, 2024, 294 pages)
Avec le roman Des glaçons comme du verre, le lecteur part à la rencontre d’une famille, les Picard, personnage central et cœur battant de ce récit qui traverse le temps jusqu’à nous. Les événements se produisent dans une société peu glorieuse, obéissant à des politiques assimilationnistes envers les Autochtones. Les conséquences se font sentir profondément sur trois générations.
Henri, un autochtone de Wendake, vit une magnifique relation avec sa femme, Belle, une blanche de Québec. Ensemble, ils ont dix beaux enfants. Mais tout bascule en 1957 alors que la santé de Belle périclite. Celle-ci se tourne vers sa foi catholique pour combattre son mal, soutenue par les siens et le curé. Constatant la fin inévitable, elle demande alors à Henri et à son aînée, Liliane, de garder la famille unie.
Déjà, le deuil accable chacun des membres de la fratrie. La maladie puis la perte d’une mère aimante et d’une femme attentionnée constituent une tragédie. Or, même avant la mort de Belle, se trament des politiques malsaines. L’agent des Affaires indiennes, appuyé par le curé, commence à placer les enfants, petit à petit. Certes, les raisons semblent bonnes : offrir une meilleure éducation, donner une chance favorable, soulager la charge d’un homme ou d’une adolescente avec trop de responsabilités. La tête peut comprendre, mais le cœur saigne, et la vraie empathie, la véritable écoute, est refusée aux Picard.
Il est aberrant de constater l’impuissance du père, qui tente tant bien que mal de conserver ses fils et ses filles près de lui. Son aînée, Liliane, développe une force douce et indéfectible pour respecter la promesse faite à sa mère. Elle sera d’ailleurs nommée la « sœur-mère » par Claire, une des plus jeunes. Mais une adolescente ne peut réaliser ce qu’un père ne parvient pas à accomplir. Tous les enfants, jusqu’au dernier, seront retirés du noyau familial et placés « pour leur bien ». Certains seront même adoptés, c’est-à-dire retirés définitivement de leur famille. Tous en souffriront.
Dans sa préface, l’autrice originaire de Wendake, Isabelle Picard, nous indique que le récit est inspiré par sa propre famille, mais aussi par celle d’autres autochtones rencontrés au cours de son parcours d’ethnologue. Sa démarche veut rendre justice à leur histoire. Les faits sont nommés, exprimés. L’adversité constitue ici une occasion d’affirmer son courage et sa résilience. Il ne sert à rien de renier le passé. Des forces plus puissantes que la volonté terrassent parfois les hommes, mais au fil du temps, la fierté et la droiture peuvent à nouveau prendre place.
Au terme de sa lecture, j’invite tout lecteur à relire la préface afin d’admirer comment le roman atteint la justesse des intentions de l’autrice. Œuvre de grande émotion, de respect et d’intelligence pour ceux qui savent dire les choses justes et prendre soin d’autrui.

Jacinthe Dostie étudie à l’Université Laval en vue de l’obtention d’un baccalauréat en littératures françaises et québécoises, puis d’une maitrise en histoire, option archivistique. Après avoir agi dix ans à titre de responsable de la gestion documentaire au ministère de la Justice, elle travaille actuellement à la Division de la gestion des documents administratifs et des archives de l’Université Laval.

