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Dialogues entre Autochtones et allochtones sur la Côte-Nord

Image en bandeau : Dessin du mois de décembre du calendrier innu–français réalisé par le Comité diocésain de dialogue Autochtones–Allochtones et le Service de pastorale du Centre de détention de Baie-Comeau

En cohérence avec les excuses officielles de l’Église aux peuples autochtones, des chrétien·ne·s du diocèse de Baie-Comeau, constatant que, dans leur milieu, les relations entre Autochtones et allochtones étaient quasi inexistantes, décident de passer à l’action et de trouver des moyens de créer des rapprochements entre les communautés. Deux premiers projets ont été effectués avec succès…

À la suite des excuses officielles des évêques catholiques canadiens aux peuples autochtones pour les souffrances vécues dans les pensionnats1i, Gérard Boudreault, o.m.i., curé de Pessamit et de Ragueneau, ainsi que Christine Desbiens, responsable des communications au diocèse de Baie-Comeau, prennent acte de ce geste et décident d’agir pour faire une différence dans leur région. À la base de leur démarche, ils dressent le constat que peu de relations ont lieu entre les communautés allochtones et autochtones : « Les oblats qui travaillent dans les paroisses au sein des communautés autochtones ont des liens privilégiés avec eux [les Autochtones], ils vivent là. Mais pour les autres, comme les gens de Ragueneau qui vivent à côté de Pessamit, il y a très peu de lien entre ces deux communautés chrétiennes. Peut-être un peu, mais très peu », remarque Christine Desbiens. Naît alors l’idée de former le Comité diocésain de dialogue Autochtones–Allochtones.

À l’été 2022, le comité composé d’un petit groupe mixte de quatre Autochtones et de trois allochtones se réunit avec le souhait de créer un rapprochement entre les communautés qui vivent sur la Côte-Nord. « Au fond, l’objectif de ce comité-là, ce n’est pas juste de se rencontrer entre membres du comité. C’est vraiment de dire, comme croyants nord-côtiers, qu’est-ce qu’on peut faire pour se rapprocher entre croyants allochtones et croyants autochtones », fait valoir Christine Desbiens.

Sans plan d’action préétabli, tout reste dans le domaine du possible. Dans une collégialité, les membres discutent des actions concrètes qu’ils peuvent entreprendre. « On n’utilise même pas le terme réconciliation, c’est une autre étape, seulement un dialogue. Est-ce qu’on peut entrer en contact les uns avec les autres ? Et de là, on a sorti des idées. Chacun a apporté une idée qu’il pourrait faire, pas des idées faites par d’autres. Qu’est-ce que nous, comme membres, nous pouvons faire », souligne Christine Desbiens. Jouissant d’une belle liberté, les projets issus d’un premier remue-méninge prennent forme, avec comme lignes directrices le dialogue, la connaissance mutuelle et le rapprochement.

L’activité des couvertures

Au printemps dernier, un premier projet est réalisé : l’exercice pédagogique collectif et participatif des couvertures de Kairos. Debout sur des couvertures représentant les territoires géographiques, les participants revivent l’expérience de dépossession vécue par les peuples autochtones. L’expérience vise une meilleure compréhension et une discussion entre les participant·e·s sur la réalité vécue par les Autochtones dans le contexte colonial2. L’activité est retenue, car elle répond au souhait intrinsèque du comité.

Une tournée d’une semaine sur la Côte-Nord s’organise. Chacune des zones, d’Essipit à Havre-Saint-Pierre, est visitée. Les séances se tiennent en milieu autochtone et en milieu allochtone, permettant ainsi à tous de participer sans contrainte : « On a toujours un souci que ce soit offert à l’ensemble des gens du territoire », insiste-telle. Cette première initiative leur permet de prendre le pouls de la population nord-côtière et d’observer la diversité des relations actuelles entre les allochtones et les Autochtones selon les milieux.

Couverture du calendrier innu-français
Couverture du calendrier innu-français réalisé par le Comité diocésain de dialogue Autochtones–Allochtones et le Service de pastorale du Centre de détention de Baie-Comeau

Un calendrier innu-français

Fort de sa première réalisation, le comité lance un second projet : la création d’un calendrier de sensibilisation. L’idée consiste à présenter chacun des mois par de courts textes d’Évangéline Picard, en innu avec sa traduction, en lien avec le mode de vie traditionnel qui avait cours jusqu’aux années 1980 à Pessamit et à Uashat-mak-Mani-utenam. Pour imager le tout, une collaboration avec l’agent de pastorale du centre de détention de Baie-Comeau se concrétise. Il demande aux détenus innus et métis d’illustrer les thèmes abordés en relation avec le territoire. « Ce calendrier Innu-Français est donc un hommage à la culture ancestrale des Innus et il se veut une manière d’entrer en contact avec les allochtones qui habitent cette même région3. » À titre d’exemple, le mois de janvier est accompagné du texte suivant :

Tshishe-pishimu

Eukuan ushkat pishimu, kie eukuan ue pishimu tshitshue meshta-takat. Kie aueshishat elukuan melushitau, kie ushakauau mishta-shuliaulua. Kie ilnuat nutshimit ka tatau maushtauat umitshimuau tshetshi eka uipat nutepalitau.

 

Janvier

Tshishe veut dire « grand ». Son nom nous dit que c’est le mois des extrêmes où la température est très froide. C’est le mois de la grande chasse, car c’est durant cette période que la fourrure des animaux est dans son plus beau et dans son plus cher. Les Innus en profitaient aussi pour se faire des réserves de nourriture.

La sensibilisation est double : tant à la réalité autochtone qu’à celle des détenus qui ont du talent, mentionne Christine Desbiens, qui a coordonné le projet. « C’est de la sensibilisation à petite échelle, mais c’est une découverte mutuelle », ajoute-t-elle avec humilité.

Mois de décembre, calendrier innu-français

Le futur se dessine déjà pour ce dynamique comité. D’autres activités originales sont à prévoir ! À la différence des autres groupes de réflexion dont les rapports hibernent souvent dans les cartons, ce comité souhaite œuvrer sur le terrain, concrètement, pour changer la donne et permettre un vivre ensemble qui s’établit sur une connaissance et un respect mutuels. Une initiative nord-côtière inspirée et inspirante.

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