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Faire mémoire… du pont à construire entre nous

Image en bandeau : Une passerelle | Photo : Karl Oss Von Eeja/Pixabay

À l’occasion de la Journée nationale de prière en solidarité avec les peuples autochtones, le 12 décembre dernier, jour où nous soulignons aussi la mémoire de Notre-Dame de Guadaloupé, patronne des Amériques, l’équipe de Mission chez nous a fait paraître un article à propos de cette journée spéciale dans le journal Le Quotidien du Saguenay-Lac-Saint-Jean. L’équipe de Mission chez nous y relate une histoire inusitée du XIVe siècle qui nous invite à construire des passerelles entre autochtones et allochtones.

Voir l’article dans le journal Le Quotidien du 14 décembre 2024.

Ou lire le format PDF.

Le 9 décembre 1531, alors que l’Aztèque Juan Diego Cuauhtlatoatzin, devenu catholique après l’arrivée des conquistadors et la chute de l’Empire aztèque, se rend à pied à Mexico, la Vierge Marie lui apparaît sur la colline de Tepeyac. Elle s’adresse à lui dans sa langue, lui demandant de construire une église en ce lieu et de transmettre cette requête à l’évêque de la ville. Mais ce dernier, refusant de croire le paysan, demande que la Vierge lui donne un signe convaincant.

Le 12 décembre, Marie réapparaît à Juan Diego et l’invite à aller cueillir des roses sur la colline alors que ce n’est pas la saison. Il trouve les fleurs et les enveloppe dans sa tilma, une tunique portée par les paysans. Il se rend chez l’évêque et lui présente les roses. Lorsque celles-ci tombent de son vêtement, une image de la Vierge présentant des traits autochtones et une robe ornée de symboles aztèques est imprimée sur le tissu. L’évêque est dès lors convaincu de la véracité de la demande. Une chapelle est ensuite érigée sur le lieu. Elle accueillera la relique affichant l’image de celle qu’on appellera Notre-Dame de Guadalupe et qui suscitera une grande dévotion au Mexique. 

Image de Notre-Dame de la Vierge Marie retrouvée sur la tilma | Photo : Wikipédia
Image de la Vierge Marie apparue sur la tilma de Juan Diego | Photo : Wikipédia

Cinq siècles plus tard, l’étoffe arborant cette image extraordinaire est encore exposée à la basilique Notre-Dame de Guadalupe au nord de Mexico. Elle se trouve dans un état de conservation exceptionnel, défiant les lois de la physique, alors que ce type de tunique fragile ne dure habituellement pas plus de 20 ans. Au XXe siècle, plusieurs scientifiques se penchent sur cette relique, persuadés qu’il s’agit d’une peinture. Ils découvrent que les pigments qui la composent sont d’une origine totalement inconnue. De même, selon leur expertise, l’image de qualité parfaite s’est imprimée recto-verso, chose techniquement impossible, comme si ce tissu s’était comporté telle une pellicule photo. Et bien d’autres résultats de leurs observations ne cessent de surprendre!

Un signe révolutionnaire ?

L’Église y a vu un signe de Dieu. De même, selon les historiens du XVIe siècle, il est évident que ce bout de tissu évite un génocide. Devant la brutalité des colons, les Aztèques étaient sur le point d’entamer une révolte, que les Espagnols auraient alors réprimée sans pitié. Que la Vierge choisisse un porte-parole aztèque a alors une énorme répercussion des deux côtés. Dès 1537, le pape Paul III décrète que les Autochtones ont une âme. Les tuer devient péché !

Depuis, les figures de saint Juan Diego, « protecteur et défenseur des peuples autochtones », et de Notre-Dame de Guadalupe sont vues comme un pont unificateur entre les populations autochtones, métisses et d’origine européenne de l’Amérique. Elles ont pour rôle, encore aujourd’hui, de nous inspirer en nous invitant à construire des passerelles entre nous. C’est ce que souligne la mémoire de Notre-Dame de Guadalupe, proclamée patronne des Amérique par le pape Pie XII, que nous célébrons le 12 décembre dans le calendrier liturgique. Depuis 2002, pour l’Église au Canada, cette mémoire est aussi devenue, à l’initiative de la Conférence des évêques catholiques du pays, la Journée nationale de prière en solidarité avec les peuples autochtones.

Prier pour ou prier avec ?

Vous êtes-vous déjà posé cette question : quand je prie pour quelqu’un ou que je prie avec lui, quelle différence cette formulation implique-t-elle ? On sent que ces deux attitudes sont bien différentes.

Prier pour exprime bien sûr l’affection du cœur, l’effet d’un besoin senti dans la présence de Dieu; mais, prier avec devient plutôt l’expression d’une communion : celle-ci ne peut alors pas avoir lieu si les « deux partis » qui prient ensemble ne sont pas d’accord.

Prier pour les autres est un impératif de la vie chrétienne. Ce service, prier pour, s’exerce souvent là où la communion n’est pas possible. Or, en ce 12 décembre, nous sommes conviés à des lendemains solidaires, à passer au prier avec les peuples autochtones. 

L’histoire de Notre-Dame de Guadalupe fait état d’un phénomène inexpliqué, oui, mais qui s’inscrit dans notre histoire pour nous faire passer du pour à l’avec. N’est-ce pas un appel prophétique de Dieu manifestant son désir que nous nous rapprochions les uns des autres ? Pour nous aujourd’hui, ce phénomène revisité ne nous permet-il pas de reconnaître les peuples autochtones dans leur richesse et leur apport à la société ? N’est-ce pas une invitation à nous traiter d’égal à égal, à faire fi de nos préjugés ? Bref, à nous rapprocher les uns des autres afin de faire communion ? 

Il est certain que pour y arriver, nous devons être en accord afin de pouvoir marcher ensemble. Ce « marcher ensemble » implique, dès le départ, que nous devons nous intéresser les uns aux autres. Nous ouvrir à nos cultures diverses, aux défis qu’elles rencontrent ou encore nous intéresser, de part et d’autre, à nos découvertes, à nos connaissances, à nos histoires… Adopter cette attitude nous permettra sûrement de nous ouvrir à une communion qui nous mènera vers des lendemains plus solidaires.

Voir l’article dans le journal Le Quotidien du 14 décembre 2024.

Ou lire le format PDF.

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