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Inuit Qaujimajatuqangit

Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash

Recension du livre Inuit Qaujimajatuqangit. Ce que les Inuits savent depuis toujours d’Jrène Rahm et de Shirley Tagalik (Traduit par Catherine Ego; Québec, Presses de l’Université du Québec, 2024, 291 pages).

L’Inuit Qaujimajatuquangit (IQ), que l’on définit comme la somme des savoirs traditionnels inuits, « renvoie à un ensemble de valeurs et de pratiques ainsi qu’à des manières d’être et d’envisager le monde dont l’importance et la pertinence transcendent le temps » (p. 1). Plus qu’une philosophie, cette vision holistique du monde constitue à la fois un cadre éthique immuable et un ensemble de règles détaillé pour mener une bonne vie1.

Si la transmission de l’IQ se faisait naturellement au sein des familles, la colonisation a engendré une coupure majeure dans un écosystème autrefois autonome. Déplacement forcé des populations, obligation de quitter le mode de vie en territoire, l’arrachement des enfants à leurs proches et leur scolarisation forcée, l’épreuve des pensionnats, la tuberculose… cet ensemble d’événements et de facteurs engendrent une perte de repères. « Nous avons laissé aller cette culture. Nous avons cessé de mettre en application les traditions et les enseignements qui nous permettaient d’éduquer nos enfants de manière à ce qu’ils deviennent des êtres humains compétents » (p. 163), déplore Rhoda Akpaliapik Karetak.

Cette transmission assurait les liens intergénérationnels. Elle permettait de développer des compétences parentales, de connaître le territoire, de respecter les lois de la terre et de développer des compétences de subsistance et d’altruisme. L’IQ guidait l’enfant de sa naissance jusqu’à l’âge adulte pour en faire un être humain à part entière. Loin d’être liés au passé où à l’idée d’y retourner, les enseignements tributaires de l’IQ demeurent d’actualité aujourd’hui comme le souligne Louis Angalik : « Ils sont encore plus cruciaux aujourd’hui, car nos vies ont été violemment perturbées; elles sont très déséquilibrées. » (p. 108)

Fruit d’un projet mis sur pied par des aînés des diverses régions du Nunavut, ce recueil collectif est composé de récits issus d’une sagesse traditionnelle orale, transmise pour une première fois par écrit, dans l’espoir d’aider les générations suivantes à s’engager sur la voie de la guérison. « Nous, les aînés, nous voyons actuellement beaucoup de gens qui souffrent, mais nous n’essayons pas de leur venir en aide comme les aînés aidaient les jeunes autrefois. En tant qu’aînés, nous n’avons plus le même statut ni la même place qu’avant; nos structures d’influence ont changé du tout au tout. Pour que nos familles et nos communautés guérissent, il est important que nous retrouvions notre place et notre rôle dans la collectivité » (p. 253), plaide Rhoda Akpaliapik Karetak. Les Inuits doivent donc s’engager dans une démarche de décolonisation et de guérison, dont les premières étapes consistent à connaître l’IQ et à se réapproprier leur culture. Avec une grande humilité, les aînés témoignent de leur expérience de vie et transmettent leurs connaissances, permettant la redécouverte de cette vision singulière du monde qu’apporte l’IQ.

Bien que l’ouvrage soit d’abord destiné aux Inuits, les Qallunaat (non-Inuits; personnes du « Sud ») auront également tout intérêt à assimiler la sagesse culturelle traditionnelle qu’il renferme. Ce recueil sur la richesse de l’IQ issu de l’oralité des aînés enrichira les générations présentes et futures en offrant une autre vision pour appréhender le monde dans lequel nous vivons afin d’avoir « une vie longue et prospère sur cette terre! » (p. 117).

 

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