Aller au contenu Aller à la barre latérale Atteindre le pied de page

La mission à Lac-Simon et à Kitcisakik : le présent comme un cadeau

Image en bandeau : Mission chez nous a 30 ans | Photo : Andrew Seaman/Unsplash

À noter : À l’occasion du 30e anniversaire de Mission chez nous, que nous soulignerons au cours des prochains mois, nous publierons, à raison d’un par semaine, plusieurs articles qui seront regroupés sous la rubrique « Mission chez nous a 30 ans ». Ils feront état du parcours de l’organisme, des intuitions de départ qui l’ont nourri jusqu’aux horizons à entrevoir, en passant par la riche expérience de l’engagement actuel des personnes présentes au sein des communautés autochtones. Témoins du passé, membres du CA, intervenantes et intervenants pastoraux, allié·e·s, membres des Premiers Peuples prendront la parole pour raconter ce périple hors du commun, axé sur la rencontre et le dialogue. À ne pas manquer !

 

Dans ce quatrième texte, sœur Renelle Lasalle, qui a vécu 10 ans avec les Anicinabek, nous fait part de ce qui se vit au quotidien, et au présent, dans une mission en milieu autochtone.


Sr Renelle Lasalle, qui a vécu 10 ans avec les Anicinabek, avec qui elle a créé de vrais liens d’amitié, affirme: « La mission se vit au jour le jour en offrant une présence aux gens du milieu. Par l’écoute des gens rencontrés au fil des événements se tissent des liens fraternels. » Des liens qui l’habiteront toujours…

Article écrit en lien avec Monique Papatie et Sébastien Lafontaine

La vie missionnaire des trois communautés francophones anicinabek de l’Abitibi ressemble fort à celle des autres communautés du Québec. La plupart des pères oblats maîtrisaient bien la langue et étaient de bons animateurs de pastorale aimés des gens. Puis, l’un d’entre eux a été reconnu coupable d’agressions sexuelles. Tout s’arrête. C’est ce qui est arrivé à Lac‐Simon et à Kitcisakik en 1994. Les aînés ont de la difficulté à croire à la culpabilité du prêtre et restent proches de lui et lui pardonnent : « Ce prêtre est un humain ! » Les jeunes parents cessent toute pratique religieuse; les prêtres se retrouvent devant une église vide. En 2009, le dernier missionnaire meurt accidentellement, ce qui cause un grand émoi dans la population. Les aînés craignent vraiment que l’Église catholique disparaisse. C’est dans ce contexte que j’arrive à Lac‐Simon.

La famille de Monique Papatie, une aînée respectée de tous, m’a adoptée au cours d’un premier séjour sur la presqu’île de Kitcisakik en 2008 : c’est ce qui rendra mon intégration plus facile. La cheffe Adrienne Jérôme témoigne : « Quand Renelle est arrivée à Lac‐Simon, nous étions au plus bas au niveau social dans notre communauté : la foi n’y était presque plus, l’église était dans un état pitoyable. C’était extrêmement difficile de remonter la pente à cause des dures épreuves. »

Le presbytère rénové | Photo : Renelle Lasalle
Le presbytère rénové | Photo : Renelle Lasalle

Dès mon arrivée, j’ai mis sur pied un comité de pastorale qui, aujourd’hui, ne tient qu’à un fil, car ce n’est pas la manière anicinabe de fonctionner. Le premier comité est très actif : nous préparons une crèche vivante et l’église est pleine à craquer lors du premier Noël. Les jeunes parents recommencent à demander les sacrements. La pratique hebdomadaire du dimanche passe de 3 à 30 personnes. Je crée des outils inculturés pour la formation aux sacrements que j’anime avec une aînée. L’église se remplit aux grandes fêtes, lors des enterrements et des mariages.

Le presbytère ressemble à un taudis; il faut le réparer. Pour obtenir des subventions, nous créons un OSBL, avec une mission communautaire, non reliée à la religion. C’est un genre de « fabrique », mais sans lien avec le diocèse. Depuis les années 1980, un petit groupe d’Anicinabek fait des stages dans l’Ouest canadien pour découvrir la spiritualité traditionnelle. Ces « traditionnalistes » sont mal vus par les aînés catholiques et les pentecôtistes. Il faut user de tact pour développer le respect et l’accueil entre tous ces gens. Grâce à l’organisation de sessions de ressourcement sur Kateri Tekakwitha, nous parvenons à rassembler les trois groupes. La mort d’un traditionaliste baptisé nous incite à organiser des funérailles mixtes, avec des rituels issus de part et d’autre dans un lieu neutre : la salle communautaire.

Monique Papatie | Photo : Renelle Lasalle
Monique Papatie | Photo : Renelle Lasalle

Mes dix années de présence avec les Anicinabek furent aussi l’occasion d’accueillir plus de 500 jeunes tcigoji (allochtones). Ces stages ont permis de créer des liens d’amitié et de faire de ces jeunes des alliés des Autochtones. Après mon départ, de 2020 à 2023, le comité a été laissé à lui‐même, car les prêtres de Val‐d’Or n’avaient pas le temps d’accompagner le groupe. Puis, ils ont délaissé les célébrations liturgiques du dimanche à cause des conflits d’horaire. La pratique religieuse retombe alors à trois personnes. C’est sur les épaules de Monique que repose, depuis, la vie spirituelle de la communauté. Grâce à sa foi et à sa créativité, elle réussit à rallier les aînés et à les faire prier les dimanches. La plupart du temps, c’est aussi elle qui anime les funérailles. Elle prend de l’âge et la relève n’est pas là. Mélissa, une mère de famille de cinq enfants apprend, mais la tâche est très lourde. Pour ma part, j’assure un soutien à distance. Mais il n’y a alors personne pour la préparation des sacrements. Jusqu’à…

Jusqu’à la rencontre providentielle d’un jeune couple de tcigoji de Val‐d’Or. Ce couple, parents de cinq enfants, est un cadeau venu du ciel pour assurer une présence pastorale et un soutien au comité chancelant. Ils ont commencé à s’intégrer à Lac‐Simon peu à peu : Isabelle à l’administration financière et Sébastien à l’entretien des lieux. Puis, à l’été 2022, j’ai animé avec eux un camp de préparation à la première communion pour des enfants et adultes anicinabek sur la presqu’île de Kitcisakik. L’animation en pleine nature, avec des temps gratuits de communion fraternelle et des sketches bibliques, s’est révélée une formule gagnante. En 2023, Mgr Guy Boulanger, évêque de Rouyn‐Noranda, les confirmait dans leur désir de vivre la mission auprès des Anicinabek avec un mandat pastoral de 20 heures par semaine. De mon côté, je les accompagne par Internet.

La mission se vit au jour le jour en offrant une présence aux gens du milieu. La petite famille de cinq enfants se rend sur place chaque dimanche pour soutenir Monique et le comité. L’après‐midi est réservé aux jeux avec les enfants des alentours. Par l’écoute des gens rencontrés au fil des événements se tissent des liens fraternels. Leur véhicule nommé « Marcel Van » ne passe pas inaperçu. Les gens savent qu’ils s’occupent de la pastorale. L’Esprit saint se manifeste très concrètement. C’est lui leur guide qui leur montre le chemin à suivre pas à pas. Je laisse ici la parole à Sébastien :

« À la vue du célèbre véhicule, les enfants se rassemblent. Je sens bien qu’ils espèrent que je m’occupe d’eux. En ce dimanche, la liturgie nous offre la parabole de l’ivraie et du bon grain (Mt 11, 25). J’ouvre les deux portes de l’église et nous nous assoyons dans l’escalier qui donne sur la rue. On me pose des questions sur Jésus… Je leur raconte la parabole du jour et les invite à prendre soin du bon blé dans leur cœur. Les gestes méchants, Jésus va s’en occuper. Un petit, 4 ans environ, me dit : “Ma grand‐mère s’est suicidée.” D’autres aussi me parlent de leurs deuils. Je découvre alors que certains enfants associent le mot suicide au fait même d’être mort. Je suis étonné !

« Liam me demande si Jésus s’est suicidé. Je lui explique que Jésus a donné sa vie. Amber dit qu’elle s’ennuie de son père. Alors, je propose à tout le monde que l’on prie pour elle. Pendant que je prie le Notre Père, les trois enfants endeuillés se mettent à pleurer en silence. Chacun a un ami pour le consoler. »

Laisser un commentaire