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La roue de médecine

Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash

Recension du livre La roue de médecine : Un nouveau récit pour guérir la planète de Jennifer Grenz (Montréal, Éditions Écosociété, 2025, 244 pages) Traduit de l’anglais par Geneviève Forest Boulanger.

La roue de médecine : Un nouveau récit pour guérir la planète raconte le parcours inspirant de Jennifer Grenz, une écologiste qui désire réconcilier sa tête, portée par son éducation et la science à l’occidentale, et son cœur, guidé par ses valeurs autochtones. Originaire de Colombie-Britannique, liée à la communauté Nlaka’pamux par le sang, elle est également inspirée par plusieurs autres communautés autochtones grâce à ses mentors, à ses expériences de terrain ainsi qu’à ses amis. Ce livre est le résultat d’un cheminement de plusieurs années qui a profondément modifié sa vision et ses interventions avec la nature. Elle nous présente ici un récit fondateur : celui d’une écologie autochtone, c’est-à-dire une écologie qui, à partir des connaissances et des pratiques que les Premiers Peuples ont développées avec le territoire au fil des générations, permet de rétablir la relation d’équilibre entre l’humain et son environnement.

Répéter en vain les mêmes erreurs étouffe l’espoir et la foi. Après plusieurs années passées à mettre en place des travaux de restauration écologique du territoire, comme elle l’a appris sur les bancs d’école, puis sur le terrain, un même constat ressurgit : la bataille est perdue d’avance. Les plantes dites envahissantes reprennent inéluctablement le terrain. Les plantes dites bonnes finissent par mourir par manque d’attention et de soutien une fois le projet de restauration accompli. L’idée de remettre en place le jardin d’Éden, vision occidentale d’un état de perfection avant sa détérioration par l’homme, ne mène nulle part.

Il faut donc opérer un changement, avec toutes les difficultés que celui-ci implique. Tout d’abord, il y a un changement de perspective… Est-ce que les mauvaises herbes sont si néfastes? En prenant la peine de les observer et de mieux les connaître, le tableau change de couleur. Certaines de ces plantes aident les pollinisateurs à survivre, nourrissent certains animaux et ont même, pour certaines, des bienfaits médicinaux… En suivant son cheminement, on abandonne peu à peu une vision dichotomique du monde portée entre le bon et le mauvais. L’écologie n’est pas un idéal. L’écologie est relation. En modifiant ainsi notre perspective, notre lien avec l’environnement prend soudainement une étrange tournure. La nature nourrit, soigne, nous habille et nous abrite. Et en retour? En quoi contribuons-nous à nos milieux naturels?

Par ses expériences, l’auteure nous démontre qu’une toile de connexions s’opère dans chaque écosystème. Et vouloir s’extraire de ces multiples imbrications ne mène pas à un véritable rétablissement de la nature. Cette prise de conscience que l’humain n’est pas déconnecté de son milieu permet l’instauration d’un véritable équilibre. Pas un équilibre statique et idéalisé, mais plutôt fondé sur le mouvement, les échanges et la réciprocité. En se replaçant comme partenaire de cette relation, et non quelque part au-dessus des arbres et des plantes, l’humain peut reprendre ses fonctions d’intendance de la nature. Nous avons plus qu’un pouvoir, nous avons une responsabilité.

En utilisant la méthode du récit pour transmettre ces enseignements, une réflexion s’amorce autour des mots de tous les jours. Les mots ont une portée et une signification toute particulière. Par exemple, au lieu de parler de « restauration » d’un milieu, qui laisse entendre qu’il faille revenir à un état antérieur idéalisé, l’auteure propose d’y aller avec le terme « guérison ». Parce que guérir implique de soigner, de veiller à l’amélioration d’un état malade ou souffrant. Il s’agit d’un terme beaucoup plus fort, qui milite pour l’instauration de bases saines et bienveillantes dans la planification et la réalisation de missions écologiques.

À l’instar de l’écologiste, ou plutôt de la guérisseuse du territoire, il faut prendre le temps. Le temps d’observer. Le temps d’écouter. Le temps de réfléchir. Le temps de lire ce livre, car il est le fruit de la démarche d’une vie… d’une vie empreinte de doutes, d’hésitations, d’épuisements, de luttes, d’espoirs et de révoltes. Il porte l’espoir d’un changement durable, d’une véritable réconciliation.

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