Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre L’homme aux deux visages d’Isabelle Picard (Wendake, Éditions Hannenorak, 2024, 50 pages, Coll. Solstice)
Le curseur de l’ordinateur clignote sur la page blanche, rythmant les secondes, stagnant. Ainsi débute ce roman d’Isabelle Picard, L’homme aux deux visages, comme si, dès les premières lignes et malgré la brièveté du récit, l’autrice voulait nous inviter à prendre un temps d’arrêt. Pour son personnage Émile Brascoupé, qui vit à Montréal, la pause est obligée. L’inspiration n’est plus au rendez-vous après le succès qu’a connu son premier roman portant sur la maltraitance alimentaire des enfants autochtones dans les pensionnats du Manitoba. Pendant un long moment, il a été sollicité de toutes parts pour donner son opinion et raconter l’histoire des Autochtones auprès des médias. Il l’a fait consciencieusement d’ailleurs. Comme un devoir.
Maintenant, Émile bascule entre deux visages, l’un heureux et l’autre triste. Il consulte depuis quelques mois une psychologue allochtone, Jude, pour l’aider à y voir clair sur son blocage et la place toujours plus grande occupée par l’homme triste. Elle prend le temps de l’écouter, de s’intéresser à son histoire et à sa culture. Elle saisit la pression qui l’habite, le poids qu’il porte pour les siens. Elle l’incite d’ailleurs à revenir à ses racines, à retourner dans sa communauté, située à cinq heures et demie de route de la métropole.
Or c’est exactement ce qu’il faut à Émile : la possibilité de se déposer momentanément auprès des siens, notamment auprès des aînés. En discutant avec Jeff et Hugues, il peut clarifier ses idées, mettre de l’ordre et mieux se retrouver. Il y a toujours ça, dans sa communauté, le fait de se sentir entouré par des gens qui le soutiennent avec bienveillance, lui insufflant la force d’emprunter sa propre voie.
Dans ce monde où la pression s’exerce de tous les côtés, il est intéressant de se questionner non seulement sur ce qu’on attend de nous mais encore plus sur ce qu’on veut, nous. Ce court roman d’Isabelle Picard invite à retrouver ses racines pour mieux ressurgir au monde, avec inspiration.