Image en bandeau : Famille de William Awashish et membres de la communauté chrétienne d’Opitciwan | Photo : Jean Gagné
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, célébrée le 8 mars, Alain Bilodeau, diacre permanent du diocèse de Chicoutimi et intervenant pastoral à Opitciwan, rend un magnifique hommage à toutes ces femmes atikamekw qui tissent, entretiennent et soutiennent le tissu social de leur communauté, pour le bien de tous et toutes.
Dans nos sociétés, les hommes ont des réticences à s’engager dans le bénévolat social et œuvrent plutôt dans les domaines du loisir. Les femmes semblent avoir davantage de facilité à se mettre au service des autres dans les domaines plus humanitaires. Elles le font bénévolement, sans ordre ni récompense quelconque. Bien sûr, cette affirmation est toute personnelle, et non scientifique. Mais… selon nos observations qui me semblent corroborer cette affirmation, on s’approche d’une vérité.
Mon épouse et moi sommes au service d’une communauté atikamekw, celle d’Opitciwan. Le peuple atikamekw, depuis des générations, a toujours confié aux femmes le domaine d’intervention familiale et communautaire. Les hommes fournissent l’énergie et les ressources pour que la communauté survive et les femmes tiennent entre leurs mains la cohésion, le lien unissant les membres de cette communauté pour encourager l’unité et donner une force à ce rassemblement.

Aujourd’hui, cette manière d’être perdure. Ce sont les femmes à Opitciwan qui voient à ce que les plus démunis ne souffrent pas de la faim, à ce que des vêtements soient disponibles, à ce que des formations de différents types soient accessibles pour éveiller les gens au développement de toutes leurs capacités. Ce sont elles qui voient à l’éducation des enfants autant à la maison que dans le système scolaire. Ce sont elles qui pallient les carences qui existent dans les familles dû à la consommation, elle-même tributaire en grande partie du colonialisme.
En cette Journée internationale des droits des femmes, nous voulons rendre hommage à ces femmes atikamekw qui voient donc à la survie humanitaire de leur communauté, mais vont plus loin en sauvegardant aussi la vie identitaire de leur peuple. Les Atikamekw sont en lien étroit avec la création, le territoire qu’ils habitent, les êtres vivants qui le composent, qu’ils soient d’origine végétale, animale et quelquefois minérale. Ce lien, cette spiritualité – ou cette manière de communiquer avec le spirituel -, s’est développé dans le christianisme et perdure encore dans les traditions ancestrales.

Les femmes que nous connaissons, les Annie, Francine, Diane, Pauline, Laurette, Mariette, Cécile-Lucie, Jeanne d’Arc, Liliane, Lucie, Nicole, Évelyne, Liette, Chantale, BetsyAnne, Carolle, sont actives dans le domaine pastoral et veillent à la continuité des services à la communauté. L’Église hiérarchique est moins présente dans les communautés. Ce sont les baptisé·e·s qui portent l’Église maintenant et voient à la poursuite des traditions et des sacrements chrétiens comme le baptême, la première communion, la confirmation, le mariage, les funérailles, l’aide aux malades…

Ces femmes bien sûr qui, en plus de leur travail dans la société et la maison, choisissent de consacrer du temps en dehors de leurs occupations premières pour tenir ensemble les liens fragiles qui se perpétuent malgré tout.
Ce n’est pas parce que cette communauté est au nord du réservoir Gouin qu’elle est préservée de l’influence négative des réseaux sociaux et de la tendance générale de nos sociétés à privilégier l’individualisme à la vie communautaire. Non, les liens numériques sont là; la télévision, la publicité, le rêve est présent, et tout cela avec ses bons et mauvais côtés.
Un mot atikamekw est présent dans l’esprit de toutes ces femmes à qui nous pensons, ce mot, c’est mamu qui signifie ensemble et résume la cohésion souhaitée et travaillée par toutes ces femmes.
La religion, ce qui nous relie, n’a plus la place prépondérante d’autrefois. La charité, l’aide aux autres ne sont plus sa chasse gardée. Tout ce chantier de cohésion se vit maintenant avec les services sociaux, les groupes communautaires, les formations traditionnelles, les services à la famille et j’en oublie. La présence des femmes dans ces milieux est omniprésente et nécessaire à la bonne marche et à la vitalité de la communauté.
Bravo à toutes ces femmes qui maintiennent le flambeau de l’espérance d’un monde plus juste.
Merci solidaire.

Pour aller plus loin, voir l’entrevue de Mathieu Lavigne et Catherine Ego avec Annie Chachai dans le cadre de l’émission de radio Confluents.
Pour aller plus loin, voir aussi l’entrevue de Mathieu Lavigne et Catherine Ego avec Francine Gagnon Awashish dans le cadre de l’émission de radio Confluents.

Alain Bilodeau a travaillé dans plusieurs domaines, notamment dans le milieu agricole et communautaire. Il a été ordonné diacre permanent en 2006. Il est père de 4 enfants et grands-parents de 10 petits-enfants. Alain est également membre de la troupe du Théâtre Mic-Mac de Roberval depuis plus de 20 ans. Il œuvre avec sa femme Jocelyne à la mission Saint-Étienne d’Opticiwan depuis août 2022, communauté chrétienne atikamekw qui est rattachée au diocèse de Chicoutimi, après s’être également engagé, notamment, dans la paroisse Kateri-Tekakwitha de la communauté innue de Mashteuiatsh.


1 Commentaire
Estelle Bélanger
Félicitations Alain et Jocelyne pour votre engagement à cette communauté et pour tout ce que tu as fait Alain depuis de nombreuses années années. 🙏👏