Image en bandeau : Mgr Gilles Côté et un prêtre papou en procession de sortie à la cathédrale du diocèse de Daru-Kiunga en Papouasie-Nouvelle-Guinée | Photo : auteur inconnu
Le message du pape François pour la Journée mondiale des missions 2025, intitulé « Missionnaires de l’espérance parmi les peuples », souligne l’urgence pour les chrétiens de devenir des « artisans » d’espérance en suivant le Christ et en partageant sa Bonne Nouvelle au sein de la communauté mondiale.
Une mission de lumière au cœur du monde
Dans ce message rédigé avant son décès, le pape François appelle à la construction de la solidarité, au rejet de la culture du déchet et à l’écoute mutuelle pour un monde plus respectueux et fraternel. Il nous dit que « le Seigneur poursuit sa mission à travers nous ». Le Pape exhorte tous les fidèles, de tous âges, à s’engager activement dans l’évangélisation par le témoignage de vie, la prière, les sacrifices et la générosité. Être « missionnaires de l’espérance parmi les peuples » rappelle à chaque chrétien·ne et à l’Église, communauté des baptisé·e·s, la vocation fondamentale d’être, à la suite du Christ, des messager·ère·s et des bâtisseur·euse·s d’espérance.
Chaque année, la Journée mondiale des missions nous invite à tourner notre regard vers la grande mission de l’Église : annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Le pape Léon XIV nous enseigne que le thème éclaire notre marche et résume l’essence même de la mission chrétienne : porter dans le monde un message qui ouvre l’avenir, qui relève l’homme, qui transforme les blessures en chemins de vie.
L’espérance n’est pas une simple disposition psychologique ou une illusion consolatrice. Elle est une force qui vient de Dieu, une certitude enracinée dans la résurrection du Christ. Dans un monde marqué par l’incertitude, la division, la guerre et les injustices, la mission chrétienne se présente comme une grande respiration : l’annonce d’un Dieu qui ne se lasse pas de l’humanité et ouvre toujours un horizon de vie nouvelle. Être missionnaire aujourd’hui, c’est donc témoigner que, malgré toutes les obscurités, il y a une lumière, et que cette lumière ne s’éteindra pas.
Jésus, le même hier, aujourd’hui et pour les siècles
Au centre de notre espérance se trouve le Christ. L’Écriture nous rappelle : « Jésus Christ est le même, hier, aujourd’hui et à jamais. » (He 13, 8) Cette affirmation est un roc sur lequel repose la mission. Le visage de Jésus n’a pas changé : il demeure le Bon Pasteur qui donne sa vie, le Maître qui enseigne, le Serviteur qui lave les pieds de ses disciples, le Crucifié ressuscité qui offre la vie en abondance.
Mais si Jésus reste le même, la manière dont l’Église vit et exprime sa mission a évolué au cours des siècles. La mission d’hier et celle d’aujourd’hui résonnent de la même fidélité au Christ, mais elles empruntent des chemins différents selon les contextes culturels, sociaux et historiques.

Mission hier et aujourd’hui : continuités et changements
La question se pose : la mission a-t-elle aujourd’hui la même résonance qu’hier ? Oui, car l’élan fondamental demeure : annoncer le Christ pour que toute personne découvre en lui le chemin, la vérité et la vie. Mais l’approche a connu des transformations profondes.
Il y a 450 ans, la mission était souvent perçue comme une œuvre de conquête spirituelle, étroitement liée aux mouvements de colonisation. Beaucoup de missionnaires, animés d’un grand zèle, ont porté l’Évangile au prix de leur vie. Mais l’annonce de la foi était parfois accompagnée d’une vision qui minimisait ou ignorait la richesse des cultures locales.
Aujourd’hui, l’Église a appris — souvent par le biais de l’expérience, des erreurs, des conversions — que la mission n’est pas d’abord une « transplantation » mais une rencontre. Le concile Vatican II a marqué un tournant en affirmant que les peuples, leurs traditions et leurs cultures sont déjà traversés par la présence de l’Esprit de Dieu. La mission contemporaine se vit donc davantage dans le respect, l’écoute et la collaboration. Il s’agit moins de « donner » un trésor que d’en révéler la source, déjà présente et active dans leur culture.
Mon expérience en Papouasie-Nouvelle-Guinée
Mon expérience missionnaire en Papouasie-Nouvelle-Guinée illustre bien cette évolution. Quand je suis arrivé dans ce pays aux immenses richesses culturelles, j’ai découvert que la mission ne pouvait pas se vivre selon un modèle importé d’ailleurs. Le peuple mélanésien a une profonde spiritualité enracinée dans la terre, le clan, les rites d’initiation, les liens de sang et de solidarité.

Au début, la tentation pouvait être de proposer des structures toutes faites, venues d’Occident. Mais j’ai appris que l’annonce de l’Évangile devait se faire dans le respect de cette culture, en dialogue avec ses symboles, ses valeurs et ses aspirations. Peu à peu, une Église véritablement mélanésienne est née, avec ses propres expressions liturgiques, sa manière communautaire de prendre des décisions, son sens de la solidarité et du partage.
C’est là que j’ai compris : la mission d’aujourd’hui est une mission de participation et de communion. Elle ne cherche pas à effacer l’identité des peuples mais à les aider à découvrir dans le Christ leur plénitude. La mission devient un chemin partagé, où missionnaires et communautés locales marchent ensemble, apprenant les uns des autres, découvrant dans l’Évangile un espace de rencontre et de transformation qui nous invite à penser ensemble, à décider ensemble et à faire ensemble.
L’espérance dans la mission auprès des peuples autochtones
Cette même dynamique se vit aujourd’hui dans la mission auprès des peuples autochtones, au Canada et dans plusieurs pays. Ces dernières années, l’Église a été appelée à entrer dans un processus de vérité et de réconciliation, à reconnaître ses erreurs et ses blessures, notamment celles qui sont liées aux pensionnats et à une mission vécue autrefois dans une logique d’assimilation.
Aujourd’hui, la mission parmi les peuples autochtones ne peut plus être celle de l’imposition. Elle doit être un chemin d’écoute, de respect et de guérison. Les communautés autochtones possèdent une profonde spiritualité du don, du lien avec la création, de la mémoire des ancêtres. Quand on rencontre l’Évangile avec ces valeurs, il devient source d’espérance renouvelée.
Être « missionnaire de l’espérance » dans ce contexte, c’est accompagner les peuples autochtones dans leur marche de guérison, c’est apprendre de leur sagesse, et c’est leur offrir la joie de rencontrer le Christ qui ne détruit pas leurs racines, mais les éclaire de sa lumière.

L’espérance vécue dans la proximité et le service
La mission d’espérance ne se limite pas à des paroles; elle prend chair dans des gestes concrets. Combien de missionnaires, hier comme aujourd’hui, se font proches des plus pauvres! Dans des dispensaires reculés, dans des écoles improvisées, dans des lieux de conflit, ils et elles offrent leur temps, leurs compétences, leur affection.
Ces gestes, parfois modestes, deviennent des semences d’avenir. Une école ouverte à des enfants défavorisés, c’est déjà un horizon d’espérance. Une communauté chrétienne qui apprend à vivre la fraternité au-delà des clans et des divisions, c’est déjà un signe que le Royaume de Dieu grandit.
Témoins de la joie pascale
L’espérance chrétienne ne vient pas d’un optimisme naïf. Elle se fonde dans l’événement pascal : Jésus crucifié est ressuscité, il a vaincu la mort. Voilà le cœur de notre foi, et voilà ce qui donne sens à toute mission.
Les missionnaires, dans leurs paroles et leurs vies données, rappellent au monde que la croix n’est pas le dernier mot. Comme les femmes le matin de Pâques, ils et elles courent annoncer : « Il est vivant ! » Leur témoignage devient source de joie pour des communautés parfois plongées dans la nuit de la souffrance.
Un appel pour aujourd’hui
La Journée mondiale des missions 2025 est un moment de grâce pour redécouvrir que l’espérance est le trésor le plus précieux que nous puissions offrir. Dans un monde qui vacille, l’Église est appelée à être un signe de stabilité, de confiance et de joie.
Le pape Léon XIV nous le rappelle à la suite du pape François : nous sommes « missionnaires de l’espérance parmi les peuples ». Nous ne sommes pas des propagateur·trice·s de peur, mais des semeur·euse·s de confiance. Nous ne sommes pas des porteur·euse·s de résignation, mais des témoins de la victoire du Christ.
La mission n’est plus ce qu’elle était il y a 450 ans : elle est aujourd’hui un chemin de dialogue, d’interculturation, de guérison et de fraternité. Mais son cœur demeure le même, car Jésus lui-même ne change pas. Ce qui change, c’est notre manière de rejoindre les peuples, d’entrer dans leurs réalités, de partager leur vie.
Que cette Journée mondiale ravive en chacun et chacune de nous le feu missionnaire. Là où Dieu nous a placés, soyons des visages d’espérance. Prions pour les missionnaires qui, souvent dans la discrétion, portent au monde le témoignage de l’Évangile. Soutenons-les par notre générosité et notre solidarité.
Ainsi, l’Église tout entière pourra s’écrier avec joie : « Le Christ est notre espérance, il est vivant! Allez, de toutes les nations faites des disciples. » (Mt 28, 19)

Mgr Gilles Côté, Montfortains, a prononcé ses vœux définitifs en 1970. Il est ensuite parti en mission, en 1971, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, et a été ordonné évêque du diocèse de Daru-Kiunga en 1995 par Mgr Gérard Deschamps, montfortain et premier évêque du diocèse. Mgr Côté a notamment participé aux travaux de la Conférence des évêques de Papouasie-Nouvelle-Guinée en tant que membre de l’équipe de responsables de la rédaction des protocoles concernant la prévention des agressions sexuelles et la protection des enfants. Il a également fondé l’Institut Vangeke pour la formation continue et intégrale des prêtres papous. De retour au pays depuis novembre 2021, il poursuit son ministère selon les besoins et prêche des retraites.


1 Commentaire
Maurice-André Vigneault
Merci Mgr Côté de nous éclairer et de nous faire entrer dans l’espérance.