Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre Eka Ashate / Ne flanche pas de Naomi Fontaine (Mémoire d’encrier, Montréal, 2025, 180 pages).
Ce livre contient autant de résistance que de résilience, autant de force que de courage. Mais ce que ce livre ne contient pas, c’est de l’abandon, d’où le titre de l’ouvrage Eka Ashate / Ne flanche pas de Naomi Fontaine (Éd. Mémoire d’encrier). On ne sent jamais de capitulation ni de renoncement.
Dans ce livre, qui est écrit avec une belle sensibilité, l’autrice livre des récits dépeignant les réalités du peuple innu. Toutes aussi touchantes les unes que les autres, la trentaine d’histoires courtes sont tantôt d’une tristesse inouïe, tantôt agréablement réconfortantes, avec l’amour toujours en filigrane.
Parfois, elle révèle son propre vécu, comme le déménagement de sa famille à Québec à l’âge de 7 ans ou son désir presque viscéral d’initier ses deux garçons à la vie dans le bois. Bon nombre d’histoires lui ont été transmises par des aînés ou sa famille. Elle y retrace d’ailleurs des pans de la vie de sa mère, une femme inspirante qui incarne le sacrifice, la persévérance et la ténacité, avec beaucoup d’affection et d’admiration.
On sent beaucoup d’amour dans l’écriture, autant dans l’esprit du livre que dans les détails. Certains récits sont tendres et font du bien. Celui du patriarche Mitshapeu fait partie de cette catégorie, lui qui a élevé comme le sien l’enfant de la belle Kueta dont il était tombé follement amoureux. C’est doux et rempli d’amour inconditionnel. Ou encore l’histoire de Shapatesh qui a découvert à nouveau, et pour la première fois d’une certaine façon, le corps vieillissant de sa femme. C’est touchant et attendrissant, même un peu larmoyant…
Le récit de Nikshan est, quant à lui, plutôt cocasse. Il relate comment l’homme est entré en trombe dans sa maison par un beau matin avec, dans une main, deux outardes et, dans l’autre, son calibre 12… Et ce, quelques minutes seulement avant que les agents de la Gendarmerie royale ne pénètrent eux aussi dans la maison, à ses trousses… C’est bien écrit, on s’y prend même à ressentir l’odeur de plumes brûlées et de pain frais, telle qu décrite, flottant dans la maison.
En revanche, le drame et la tristesse ont aussi leur place dans les récits de Naomi Fontaine. L’histoire crève-cœur de Jumeau et Jumeau, ceux qui auraient été créés par Dieu en double « afin que l’un porte les fardeaux de l’autre », est habilement racontée. L’un ne va pas sans l’autre, mais, pourtant, Jumeau s’en est allé.
L’horreur des pensionnats, le sacrifice de générations d’enfants, la douleur des familles impuissantes… Ce qui est dépeint dans le recueil est monstrueux, innommable. On se demande : « Mais pourquoi, déjà? » L’exode vers les pensionnats est bien rapporté, intense, cruel. Autant la séparation, la souffrance que le chagrin.
On perçoit comment la rupture avec le mode de vie ancestral (la langue, la chasse, la pêche) pèse lourd sur les générations suivantes, et encore aujourd’hui. On sent cette cassure autant dans la transmission des valeurs que dans les apprentissages.
Le déchirement, la promesse déchue que tout allait bien se passer, que c’était pour le mieux, tout ça est bien palpable et profondément injuste.

Julie Baribeau est diplômée en Communications de l’UdeM et travaille principalement comme journaliste-rédactrice à la pige depuis le début des années 2000. Passionnée d’information, elle lit tout ce qui lui tombe sous la main. Elle écrit pour diverses publications et s’intéresse à des sujets aussi variés que les arts visuels, les enjeux de société, la littérature, le cinéma, l’anthropologie, le tourisme, l’histoire et la conservation du patrimoine. Fière résidente du Vieux-Québec, elle est maman de 3 grands enfants devenus adultes.

