Image en bandeau : Le pic Black Elk dans le Dakota du Sud | Photo : https://harneypeakinfo.com/
Black Elk est sans doute le chef spirituel autochtone le plus connu du monde, un leader oglala lakota, originaire des terres formant aujourd’hui le Dakota du Sud, qui affirmera son appartenance autant à la foi catholique qu’à la spiritualité de sa nation. En 2017 s’est engagé le processus de sa canonisation.
L’Oglala Lakota Nicholas Black Elk (vers 1867-1950) est sans doute le chef spirituel autochtone le plus connu du monde. Petit-cousin de l’illustre guerrier Crazy Horse, il a pris part aux batailles de Little Bighorn (Montana), et de Wounded Knee (Dakota du Sud). Le livre Black Elk parle témoigne des visions décisives qui ont émaillé sa vie.
En 2017 s’est engagé le processus de canonisation de Black Elk, depuis reconnu comme Serviteur de Dieu.

Il pourrait a priori sembler bien paradoxal qu’un homme tel que Black Elk ait adhéré avec autant de ferveur au catholicisme, surtout quand on connaît le rôle que l’Église catholique a joué dans le système des pensionnats. Cependant, la singularité du parcours de Black Elk ainsi que son extraordinaire portée symbolique tiennent en réalité au fait qu’il a rencontré le Christ et découvert ses enseignements en dehors des mécanismes coloniaux qui se sont peu à peu imposés aux collectivités autochtones.
C’est en effet à l’occasion d’une quête spirituelle que Black Elk découvre le christianisme. En 1887, alors âgé d’une vingtaine d’années, il se joint au Wild West Show de William Frederick Cody, dit Buffalo Bill. Pendant trois ans, il enchaîne les spectacles sur la côte est des États-Unis et en Europe. Black Elk est dignement rémunéré et bénéficie d’un statut de vedette : il danse même pour la reine Victoria et lui serre la main! Au fil de ses tournées, il se familiarise aussi avec les us et coutumes des Blancs.
Le parcours de Black Elk s’inscrit tout entier dans le prolongement de sa fonction de guérisseur traditionnel. Toute sa vie durant, il aura cherché à rendre les êtres humains plus autonomes et à élargir leur capacité d’action. Ainsi, il n’hésite pas à adopter des pratiques et des points de vue étrangers à ceux de son milieu d’origine, dans la mesure où ils contribuent à sa mission : « Si certaines manières de vivre des Blancs s’avèrent meilleures que les nôtres, estime-t-il, j’aimerais que mon peuple s’y rallie. »
Désireux de mieux connaître le monde qui l’entoure, Black Elk se rapproche de nombreux chrétiens. En 1888, un an après son départ, il décrit, dans une lettre envoyée depuis l’Angleterre, les difficiles conditions d’existence des gens des villes et indique ce que son observation des Blancs lui a appris. Leur foi constitue pour lui un enseignement précieux : quiconque croit en Dieu trouvera la voie juste, résume-t-il.
À son retour, Black Elk reste attaché aux idées chrétiennes. En décembre 1889, dans une lettre adressée au peuple lakota, il précise que, parmi les différentes manières d’être et d’agir des Blancs, les seules qui l’intéressent sont leur foi, leurs croyances relativement à la volonté de Dieu et leur manière de régler leur vie sur ces convictions. Il cite 1 Corinthiens 13, le fameux hymne à l’amour de saint Paul sur la charité. Black Elk exhorte les Lakotas à placer toute leur confiance en Dieu ainsi qu’il le fait lui-même, précise qu’il travaille de manière honnête et que c’est une bonne chose, puis invite les siens à en faire autant.

Dans sa lettre de décembre 1889, Black Elk écrit également qu’il aspire à visiter la Terre sainte, là où Jésus a été tué. Il souhaite y approfondir son étude des conceptions chrétiennes et témoigner directement de ce qu’il y verra. Le manque de ressources financières lui interdit de mener son projet à terme. Cependant, par l’un de ces providentiels revirements de situation qui jalonnent abondamment la vie de Black Elk… c’est Jésus qui vient à sa rencontre dans sa communauté de Pine Ridge.
En effet, peu après que Black Elk eut écrit cette lettre, la population de Pine Ridge apprend qu’un Païute du Nevada, un dénommé Wovoka, annonce partout que Jésus reviendra bientôt parmi les humains pour ressusciter les morts et ramener la terre à sa vie d’avant l’arrivée des Européens. Pour que cette prophétie se réalise, il faut simplement adopter la danse qui vient d’être révélée à Wovoka. Les Lakotas, qui appellent le sauveur « Waníkiya », « celui qui crée la vie », adhèrent largement à cette nouvelle danse. Après l’avoir observée avec un certain scepticisme, Black Elk décide finalement de se joindre au mouvement.
En 1890, en pleine danse, Black Elk s’effondre soudainement et la dernière vision majeure de sa vie se manifeste à lui. Survolant la Terre promise, Black Elk a alors aperçu un homme dont la longue chevelure était piquée d’une plume d’aigle. L’homme était nimbé de lumière et ses paumes présentaient des plaies. « Tout ce qui croît sur terre m’appartient », disait alors Waníkiya à Black Elk, ajoutant que son père avait prononcé ces paroles et que Black Elk devait les dire à son tour. Pour Black Elk, cet être n’est nul autre que le fils du Grand Esprit.
Le 6 décembre 1904, Black Elk est baptisé dans l’Église catholique et adopte le nom de Nicholas. Il apprend par lui-même à lire la Bible en lakota. En raison de la ferveur et du dévouement de Black Elk à la parole de Dieu, les jésuites le nomment catéchiste. Black Elk mémorise des passages entiers de la Bible et les cite dans ses proclamations. Il a aussi longtemps œuvré comme missionnaire auprès d’autres peuples autochtones. Il aurait ainsi convaincu plus de 400 personnes de suivre le Christ.
En marge de son engagement spirituel, Black Elk se consacre à la revitalisation et à la préservation de sa culture. Les pensionnats, l’extrême pauvreté, le mode de vie américain et même l’Église à laquelle il se joint pleinement ont profondément ébranlé les traditions des Lakotas. Constatant leurs ravages de plus en plus évidents parmi les jeunes générations, Black Elk rassemble les aînés pour réfléchir à des manières nouvelles de transmettre la culture et les coutumes des Lakotas.

En 1931, Black Elk confie ses souvenirs au poète John G. Neihardt, qui les consigne dans un livre intitulé Black Elk parle.
L’hiver 1947-1948, il exprime sa vision des sept cérémonies sacrées des Lakotas dans un livre intitulé Les rites secrets des Indiens sioux.
Dans l’avant-propos, il exprime avec éloquence sa double allégeance parfaitement assumée à la foi catholique et à la spiritualité lakota. « Dieu a envoyé aux hommes son Fils pour rétablir l’ordre et la paix sur la terre […], souligne-t-il. Cela, je sais et comprends que c’est vrai. » Ayant ainsi réaffirmé avec force sa foi catholique, il ajoute que tout le monde devrait prendre la pleine mesure de la grandeur et de la vérité de la tradition lakota « pour faciliter la venue de la paix sur terre, non seulement entre les hommes, mais en eux et avec toute la Création. »
Black Elk s’éteint le 17 août 1950. La nuit de sa veillée funèbre, le ciel s’embrase d’aurores boréales. Lakotas et jésuites y voient un signe. John Lone Goose, également catéchiste, affirme que Dieu envoie ces splendeurs pour habiller de lumière le vieux missionnaire.
Puisse Nicholas Black Elk, Serviteur de Dieu, amener sur nous cette lumière divine aujourd’hui.
Principale référence bibliographique
- Black Elk et Raymond J. DeMallie. Black Elk et la grande vision. Le sixième grand-père. Traduit de l’anglais (États-Unis) par Philippe Sabathé, préface de Jean-Marie-Gustave Le Clézio, Monaco, Éditions du Rocher, 2018.

Damian Costello est titulaire d’un doctorat en théologie de l’Université de Dayton et est un expert international de la vie et de l’héritage de Nicholas Black Elk. Il est directeur des études de troisième cycle à NAIITS : An Indigenous Learning Community, une école supérieure de théologie accréditée par l’ATS et gérée par des autochtones. Il est également membre fondateur et coprésident américain de l’Indigenous Catholic Research Fellowship (ICRF). Damian Costello est un collaborateur primé de U.S. Catholic, America Magazine et National Catholic Reporter et a été vice-postulateur dans la cause de canonisation de Black Elk.

