Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension de la trilogie Nish : Tome 1 — Le Nord et le Sud, Tome 2 — Les aurores boréales, Tome 3 — L’été de tous les possibles, d’Isabelle Picard (Montréal, Éditions Les Malins, 2021-2023)
« Et si on présentait tout ce qu’on n’a pas ici, mais qu’ils ont dans le Sud? » (p. 64)1 Voici la réflexion que se fait Éloïse, un des deux personnages principaux de la trilogie Nish2 d’Isabelle Picard lors d’un projet pour son cours de géographie.
Il s’agit là aussi de la mission que s’est donnée l’auteure (pas dans le cadre d’un projet scolaire, cette fois) lors de l’écriture de la trilogie.
Nish raconte l’histoire de deux jumeaux innus originaires de Matimekush, communauté autochtone enclavée dans la municipalité de Schefferville. Le livre présente deux perspectives : celle d’Éloïse, jeune fille curieuse et engagée, ainsi que celle de Léon, jeune homme sportif et passionné de hockey. Bien que différents, les deux personnages ne s’opposent pas, mais se complètent. Ils présentent tous deux leur vision personnelle de la vie à Matimekush, mais partagent les mêmes valeurs et attachements à leur communauté.
Sensibiliser à une réalité différente
Un passage m’a marquée lors de ma lecture du premier chapitre du tome 1 de Nish. Éloïse discutait avec son amie Mélina d’Atikush, qui était absente de l’école depuis deux jours.
« Changement de sujet, dis-je en laissant passer les cousins Ambroise, qui se pourchassent dans le corridor, qu’est-ce qu’elle a, Ati? Ça fait deux jours qu’elle vient pas.
— C’est son père encore. Il faut qu’elle s’occupe des petits.
— Ah, c’est plate ça. Sa mère?
— Sa mère en a déjà pas mal à gérer avec son père quand il prend un verre. » (p. 5 – 6)
La réponse « c’est plate ça » m’a surprise par sa simplicité, voire sa banalité, face à une situation aussi lourde : celle d’une amie qui doit s’absenter de l’école pour cause de relation familiale difficile. Cependant, dans des communautés nordiques comme celle d’Éloïse, ce problème est malheureusement courant.
Isabelle Picard présente plusieurs problèmes auxquels font face les Autochtones vivants en communautés éloignées, dont le décrochage scolaire, le prix élevé de la nourriture, etc. Cependant, lorsqu’elle les présente à travers le regard de jeunes nés à Matimekush, ces réalités qui nous paraissent si graves peuvent, pour eux, devenir presque ordinaires.
Une histoire proche des jeunes
Le public cible de la trilogie Nish est jeune, entre 10 et 14 ans. Ce lecteur ou cette lectrice a entendu parler des difficultés vécues par les autochtones en cours d’histoire, dans le cours Culture et citoyenneté québécoise (CCQ) ou lors de conférences de sensibilisation tenues en milieu scolaire, etc. Cependant, pour plusieurs, ces réalités sont perçues comme lointaines et restent difficiles à imaginer.
Nish donne vie à ces réalités avec ses personnages attachants, qui ressemblent aux lecteurs par leurs caractères, passions et préoccupations quotidiennes. Cette proximité permet au public de mieux comprendre et ressentir ces réalités, de réaliser que le Nord est plus proche qu’on ne le pense.
Une série en constante évolution
Chaque tome de Nish se déroule dans un contexte très différent du précédent. Cette diversité renouvelle l’intérêt de la série et permet au lecteur de découvrir, à travers le regard d’Éloïse et de Léon, des réalités variées et des défis multiples.
En conclusion, Isabelle Picard réussit à rapprocher deux univers que tout semble séparer : celui des jeunes lecteurs et celui des communautés nordiques. Elle détruit la barrière invisible qui sépare les deux communautés et nous invite à comprendre leur réalité différente et trop souvent ignorée.

Mia-Neige Huot est étudiante de niveau secondaire en voie d’achever ses études. Animée par une passion profonde pour les arts et la lecture, elle se distingue comme une lectrice insatiable, toujours avide de nouvelles découvertes littéraires. Son talent précoce a rapidement été reconnu et s’est manifesté dès l’âge de 8 ans, lorsqu’elle a publié ses premières photographies dans la revue Pastorale Québec. Depuis, elle a multiplié ses contributions, affirmant ainsi son sens créatif tant par l’expression visuelle que par l’écriture.

