Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre Pawatik, Les Anicinabek de Lac-Simon racontent leur histoire du Groupe Miaji (Septentrion, 2025, 185 pages).
En refermant le livre, après une première lecture, l’expression de mon ami autochtone Alfred m’est venue à l’esprit : « Ben simple!1 » Oui, ce livre est d’une grande simplicité et d’une belle sobriété, comme les gens de Lac-Simon que j’ai côtoyés pendant plus de quinze ans. Cet ouvrage est le fruit d’un travail de collaboration pour faire advenir le rêve de Jean Papatie : il voulait que ce livre permette de présenter son histoire, non pas celle d’un peuple de vaincus, dont les membres peuvent devenir agressifs et demeurer des victimes (cf. p. 13), mais comme un peuple résilient qui a traversé beaucoup d’épreuves. Toute la préface est à lire avec soin. D’ailleurs, j’ai eu la chance de connaître ce grand pédagogue, dernier chef héréditaire, visionnaire, d’une grande sagesse, mais surtout d’un amour indéfectible pour son peuple. Jean était un grand pacifique comme les Anicinabek2.
Bravo à l’équipe qui a respecté son grand désir. Nous trouvons dans ce livre l’histoire de la bande de Lac-Simon, des temps immémoriaux jusqu’au début du deuxième millénaire, présentée non pas d’une façon linéaire mais à partir d’une description de la vie des Anicinabek autour de 17 thèmes, à la manière d’une kokom ou un mocom qui en ferait le récit à ses enfants et petits-enfants. « D’hier à aujourd’hui », voilà la trame qui a permis de tisser la rédaction de chaque thème issu de la vie quotidienne.
La plupart des sujets abordés dans le livre étaient familiers pour moi en raison de la grande proximité que j’ai vécue avec cette communauté. Cependant, le chapitre sur l’ordre cosmique et cosmologique a été une source de nouvelles connaissances. On y découvre des rites anciens typiquement anicinabek, différents de ceux qui sont vécus dans l’Ouest canadien.
Malgré la présence de l’Église catholique pendant plus de 250 ans, on ne fait pas ou peu de cas de cette réalité dans cet ouvrage, sauf pour mentionner que les « premiers missionnaires ont aidé à libérer les Anicinabek des « mauvais chamans » » qui, à une certaine époque, ont terrorisé les leurs en utilisant mal leurs pouvoirs. On aborde aussi la période difficile des pensionnats sans entrer dans les détails et la fin de la pratique catholique généralisée en 1990, causée par les abus perpétrés par des missionnaires catholiques.
Je souhaite, comme Jean Papatie, que ce livre devienne un outil obligatoire dans le cursus scolaire de la communauté de Lac-Simon afin que les enfants se réapproprient leur histoire. Bravo aux rédactrices qui ont relevé tout un défi!

Sœur Renelle Lasalle s’est dévouée pendant 10 ans comme missionnaire auprès des communautés anicinabek de Kitcisakik et de Lac-Simon, en Abitibi-Témiscamingue. Elle est membre de la communauté religieuse des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie. Comme elle l’affirme, ce sont ces frères et sœurs autochtones qui l’ont humanisée, lui donnant le droit d’être pleinement humaine, sans artifice.

