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Pour les sept générations à venir

Image en bandeau : Mission chez nous a 30 ans | Photo : Andrew Seaman/Unsplash

À noter : À l’occasion du 30e anniversaire de Mission chez nous, que nous soulignerons au cours des prochains mois, nous publierons, à raison d’un par semaine, plusieurs articles qui seront regroupés sous la rubrique « Mission chez nous a 30 ans ». Ils feront état du parcours de l’organisme, des intuitions de départ qui l’ont nourri jusqu’aux horizons à entrevoir, en passant par la riche expérience de l’engagement actuel des personnes présentes au sein des communautés autochtones. Témoins du passé, membres du CA, intervenantes et intervenants pastoraux, allié·e·s, membres des Premiers Peuples prendront la parole pour raconter ce périple hors du commun, axé sur la rencontre et le dialogue. À ne pas manquer !

 

Dans ce cinquième texte, Marilyne Roy, coordonnatrice de la mission catholique Notre-Dame-de-Fatima à Kuujjuaq, soulève la question de l’avenir de la présence pastorale en milieu autochtone.

Pour envisager la question de l’avenir de Mission chez nous et de la présence pastorale en milieu autochtone, Marilyne Roy nous propose de prendre comme point de départ une perspective inspirée des Premiers Peuples, dont la sagesse nous invite à visualiser le futur dans l’horizon du bien souhaité aux sept prochaines générations.

Poser la question de l’avenir de Mission chez nous, et plus globalement de la présence pastorale en milieu autochtone, nous invite à suspendre nos calculs et à taire nos raisonnements pour d’abord nous faire proches des rêves de justice, de paix et de bonheur portés par tant de mères et de pères autochtones pour leurs enfants présents et à naître : rêves de guérison, rêves d’enfants remplis d’espoir pour demain, rêves de logements sains accessibles à tous, d’eau potable et d’accès à des soins de santé culturellement sécuritaires, rêves de la fin des préjugés, rêves d’accès à une éducation de qualité adaptée à la culture, rêves de territoires ancestraux protégés et reconnus, et tout cela pour les sept prochaines générations, horizon minimal pour eux. Embrasser la question de l’avenir « des missions chez nous » nous convie alors à replonger au plus intime de notre cœur, où battent les sources vives de la bienveillance et d’où surgissent des rêves habités d’enfants heureux qui dansent fièrement sur leur terre, véritables paraboles du Royaume promis, susceptibles de mobiliser nos énergies créatrices en vue de leur réalisation concrète.

Tendus entre le déjà-là et le pas-encore

Lors de la célébration dominicale suivant notre retour à Kuujjuaq, au mois d’août dernier, une femme nous confiait que l’été avait été marqué par diverses tragédies à Kuujjuaq, comme dans tout le Nunavik d’ailleurs. La plus récente était celle du suicide d’un jeune de 17 ans, qui devait être finissant du secondaire cette année. Un jeune homme qui était aimé, porteur d’espoir pour ses parents et sa communauté.

Souffrance. Questions. Douleur.

Ce dimanche‐là, nous n’avons pas cherché à trouver des réponses à ces tragédies. Il y a eu beaucoup de silences. Nous avons porté, ensemble, la souffrance et la douleur d’une communauté. Nous les avons laissé habiter notre prière, comme un cri et une énigme, qui ouvrent les oreilles et le cœur en les gardant en état de veille.

Puis, les jours ont passé et, de nouveau, nous avons été témoins du mystère enveloppant le cœur des mères et pères, qui ne cessent jamais d’aimer leurs enfants, de croire en eux et d’espérer le meilleur avenir pour eux. Leurs rêves pour leurs sept prochaines générations sont tenaces et indéfectibles. L’amour et l’énergie qu’ils déploient afin de leur offrir cet avenir meilleur inspirent et entraînent à leur suite les humains de bonne volonté. Se dévoile alors le mouvement même de la mission, traversé par l’amour qui se donne corps et âme pour créer un avenir digne de l’être aimé.

Marilyne Roy, son mari Jonathan, et leur quatre enfants à Kuujjuaq | Photo : Courtoisie
Marilyne Roy, son mari Jonathan, et leur quatre enfants à Kuujjuaq | Photo : Courtoisie

De mon côté, après 6 ans de vie à Kuujjuaq, tout en poursuivant mon engagement comme coordonnatrice de la Mission, j’ai décidé de m’engager comme enseignante à l’école Jaanimmarik. Comme nous l’entendions dans le reportage de Patrice Roy à Kuujjuaq, où il s’entretenait notamment avec Tunu Napartuk et Elisapie Isaac1, l’éducation et le logement sont deux piliers fondamentaux qui contribuent à construire un avenir meilleur pour les jeunes du Nunavik. Ainsi, comme pour mon mari Jonathan, qui enseigne depuis 6 ans, l’enseignement est pour moi une manière d’être solidaire de leurs rêves et de collaborer avec eux, aujourd’hui, à la création d’un avenir heureux pour les sept prochaines générations d’Inuit. J’ai l’intime conviction que, par cet engagement, la mission se déploie, s’approfondit. Cela se confirme quand je rencontre les parents de mes élèves, qui me confient le soin d’enseigner à leurs enfants. Leur confiance et leur reconnaissance, par lesquelles ils font de moi une alliée, me poussent à donner le meilleur de moi‐même à leurs enfants. Ce sont ces parents qui m’envoient en mission. Et par eux, le Créateur même, dont le Rêve de bonheur embrasse ceux de ces mères et pères pour leurs enfants.

La mission catholique se vit alors non seulement dans les rencontres dominicales, où nous trouvons dans l’écoute de la Parole de Dieu et la communauté un soutien, une nourriture et un élan pour persévérer dans la voie de sagesse du Christ, où nous apprenons à aimer, mais elle se déploie aussi mystérieusement dans toutes les personnes qui, jour après jour, choisissent de donner le meilleur d’elles‐mêmes, de leur créativité et de leurs compétences pour collaborer à ce qu’advienne cet avenir dont les parents rêvent pour les leurs.

La mission : que ton Rêve advienne

Quand je considère avec les yeux de la foi les rêves de ces parents pour leurs enfants, j’y découvre le Rêve du Créateur qui désire que toute personne porte au plus profond d’elle‐même « la certitude d’être tendrement aimée2 » et puisse vivre dans un monde qui honore sa dignité inaliénable. Qu’est la mission sinon embrasser ce Rêve et s’engager solidairement pour qu’il advienne au cœur de notre monde? Qu’est donc la mission en milieux autochtones sinon se solidariser avec le Rêve de Dieu présent au cœur des rêves de justice et de bonheur portés pour les sept prochaines générations d’Autochtones au pays?

L’avenir « des missions chez nous » est ainsi indissociable de la réalisation à venir de ces rêves de bonheur et de justice habités par celui du Créateur. À mon avis, des visions de la mission qui négligeraient cet horizon devraient être révisées, sous peine d’être ratatinées dans des vues trop étroites sur Dieu et son bienveillant dessein, ainsi que sur le dynamisme de vie qu’il partage à tout être humain. Et puisque l’avenir « des missions chez nous » est intimement lié à l’avènement des rêves de justice et de bonheur pour les sept prochaines générations d’Autochtones au Québec, nous ne saurions le remettre en question tant que des Autochtones se lèveront pour appeler à plus de vérité et de justice. Tant que, pour les sept générations d’Autochtones à venir, « le droit ne jaillira pas comme l’eau, et la justice comme un torrent intarissable3 ».

 

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