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Retisser les liens

Image en bandeau : Bancs de salle de cinéma | Photo : Denise Jans/Unsplash

Créé par la réalisatrice Léa Pascal, le documentaire Retisser des liens explore les zones sensibles de l’appartenance à une culture. Il trace le parcours de quatre personnes issues des Premières Nations dans un moment de leur vie où elles sentent un besoin de reconnexion avec leurs racines profondes. Ces quatre témoignages, tous sensibles et touchants, sont autant de chemins de découverte et de fierté.

Le premier parcours est celui de Marco Poulin qui a appris presque par hasard qu’il est issu d’une nation autochtone. Le choc a été brutal lorsqu’il a compris que toute son identité n’était que mensonge. Comme si ça ne suffisait pas, Marco a fait partie de ce qu’on appelle la « rafle des années 1960 », époque où des bébés et des enfants autochtones ont été arrachés de force à leurs parents pour être ensuite mis en adoption à travers le Canada, les États-Unis et l’Europe. Tout au long de son témoignage, on éprouve beaucoup d’empathie pour celui qui exprime et verbalise très clairement sa colère. Après de nombreuses recherches pour comprendre d’où il vient, il se tourne vers l’organisme Mouvement Retrouvailles et tente par la suite le tout pour le tout en se prêtant à un test d’ADN pour enfin faire éclater la vérité. Marco veut simplement connaître son histoire, ses origines, mais la crainte « de réveiller quelque chose de grave » l’empêche de communiquer avec sa mère biologique qu’il sait être toujours en vie.

Dans le cas de l’Anicinabe (algonquine) Josée Bourgeois, c’est son père qui a été victime de la rafle des années 1960. Issue d’un couple mixte (sa mère est Canadienne française), cette artiste multidisciplinaire a toujours su, contrairement à Marco, qu’elle avait des origines autochtones. Puisque son père avait été adopté, Josée n’avait pas eu la chance de grandir aux côtés de sa famille élargie. Au moment où son père a retrouvé des membres de sa famille, c’est tout un univers qui s’est présenté à elle. Elle se rapproche ainsi d’une cousine couturière et développe son intérêt pour la régalia, un vêtement traditionnel de danse. « Quand je danse aujourd’hui, je prie pour notre santé et notre bonheur à long terme. Je pense à toutes les épreuves que nos ancêtres ont subies. » Pour l’artiste, danser, c’est se réapproprier son histoire et sa culture.

Éric Leblanc a toujours su qu’il était Innu. Il a vécu dans une communauté de la Côte-Nord lorsqu’il était enfant. Forcée de fuir un mari alcoolique et violent, sa mère s’est enfuie à la sauvette avec ses deux fils. Ils ont vécu loin des leurs pendant de nombreuses années où Éric a subi du racisme. Initié à la musique par une enseignante du primaire, il trouve beaucoup d’apaisement dans cette forme d’art et d’expression. Bien que son désir de revenir vivre dans la communauté a toujours été présent, son retour ne s’est pas fait sans heurts. « L’acceptation n’est pas arrivée immédiatement. » Pour lui, c’est un retour aux sources, mais il n’avait pas de statut d’autochtone ni n’était connu dans la communauté. Se reconnecter à ses origines, pour Éric, passe par la chanson. Il veut s’exprimer et chanter en innu. C’est une façon d’exister. « Je suis fier de revenir, j’ai enfin retrouvé ce qui m’a manqué toute ma vie, je me sens renaître. »

Taio Gélinas est un jeune homme de la communauté mohawk. Sa mère lui transmet la fierté d’être autochtone dès l’enfance et il est exposé à la culture et à la langue par sa grand-mère maternelle. Sa mère dira d’ailleurs : « Avec la langue, on capte la vision du monde de nos ancêtres. » Le jeune comédien accompagne sa mère lors de pow-wow depuis qu’il est bambin. Il est alors fasciné par les danses, le mouvement des corps, les couleurs des régalias et le reflet du soleil sur ceux-ci. « J’étais bouche-bée, j’étais transporté. Je voulais juste faire partie de ce monde-là. » On remarque que l’identité de Taio est basée sur quelque chose de très positif et d’admiratif quant à ses origines et à sa communauté. Pour continuer de tisser des liens, il suit une formation de smoke dance avec Josée.

Grace au scénario bien ficelé, la réalisatrice faire ressortir toute une gamme d’émotions chez les personnages aux réalités complètement différentes. C’est intéressant, en tant que spectateur ou spectatrice, d’assister au quotidien des participant·e·s du film autant que de les voir interagir avec leur famille ou leur communauté. C’est là que l’on saisit que tisser des liens, ça ne se fait pas seul, et pas seulement dans un sens de la fibre. La caméra, par des plans rapprochés, capte avec sensibilité toute la douleur et l’incompréhension de l’un ou encore la résilience et la fierté de l’autre. Le montage est rythmé et efficace en choisissant de s’adapter au sujet. Ce qui rend le film vivant.

Dans ce documentaire, on sent bien que l’identité, la fierté et le sentiment d’appartenance sont au cœur des aspirations des quatre protagonistes. En étant témoin de leurs réflexions et de leurs rêves, on comprend que le besoin qu’ils ont de se reconnecter à leurs origines est fondamental. Ce désir passe par des motifs et des moyens différents, bien sûr, mais la quête de connexion à leurs racines les rapproche autant de leurs ancêtres et que d’eux-mêmes.

Disponible gratuitement sur tou.tv, en français. Productions Kaqtukwew Ji’J, 52 minutes.

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