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Rêver notre chez-nous dans le monde : la théologie autochtone pour les autochtones

Image en bandeau : Chœur de l’église de la mission Saint-Georges à Ekuanitshit | Photo : Mathieu Lavigne

À la recherche d’une théologie qui s’intéresse à l’articulation des perspectives autochtones et de la pratique de la foi, et à leur développement, avec l’institut NAIITS, fondé au Canada en 2000.

Du 6 au 8 juin 2024 s’est tenu aux États-Unis le 21e symposium de NAIITS, An Indigenous Learning Community1, sous le thème : Rêver notre chez-nous dans le monde2. Quelque 150 participants — majoritairement étudiants et professeurs de NAIITS — sont venus d’aussi loin que la Nouvelle-Zélande, l’Australie, les Philippines, la Bolivie, le Panama, et même Taiwan, afin de se mêler aux délégués canadiens et américains, représentants de nombreux premiers peuples du continent autrefois connu comme l’Île de la tortue3. L’un des présentateurs, habitant aujourd’hui aux États-Unis, est d’ailleurs originaire de Tonga. Au cours de son histoire, la communauté NAIITS est devenue mondiale. J’ai assisté au symposium au nom de l’IERTIMM (Institut d’étude et de recherche théologique sur l’interculturalité, la migration et la mission)4 5.

L’histoire de NAIITS A Learning Community

NAIITS (North American Institute for Indigenous Theological Studies), fondé au Canada en 2000 et puis aux États-Unis, est possiblement le premier institut de théologie autochtone au monde. De plus, il est, depuis 2021, pleinement accrédité, ses diplômes ayant été jusque-là attribués par des universités et des séminaires partenaires. NAIITS se consacre au développement et à l’articulation des perspectives autochtones en théologie et dans la pratique de la foi. En relation avec plusieurs séminaires et universités au Canada et ailleurs dans le monde6, l’institut a des bureaux au Canada, aux États-Unis ainsi qu’en Australie. Comme NAIITS est devenu international, il a conservé l’acronyme de son nom en y ajoutant A Learning Community. Il est avant tout une communauté d’apprentissage, autant pour les professeurs que pour les étudiants.

Deux événements ont donné naissance à NAIITS. Le premier s’est produit en 1996 lorsque Terry LeBlanc (Mi’kmaq Acadien) et Richard Twiss (Sicangu Lakota Oyate, Dakota du Sud) ont participé au Premier rassemblement mondial chrétien des peuples autochtones7 (World Christian Gathering on Indigenous Peoples8) en Nouvelle-Zélande. Des autochtones chrétiens, principalement évangéliques, venus de 32 pays se sont rassemblés à l’invitation du peuple maori afin de célébrer leurs langues, leurs cultures, et leur foi commune en Jésus-Christ, avec la conviction que celles-ci n’étaient pas en contradiction les unes avec les autres, mais complémentaires. Les participants ont répondu à la question, interdite depuis les débuts des colonisations par les peuples, les pays et les églises de la chrétienté : à quoi pourraient ressembler le fait d’être à la fois authentiquement autochtone et authentiquement chrétien ?

Le deuxième événement a eu lieu en 1999 lors de la polémique au sujet de la contextualisation de la mission chrétienne avec des autochtones et par eux. Le moment était venu pour un groupe d’autochtones, dont Terry LeBlanc, Richard Twiss et d’autres encore, de s’engager ensemble dans la recherche et l’écriture théologique afin de répondre aux questions soulevées. Si peu avait été fait jusqu’ici. Cette initiative a conduit au premier symposium de NAIITS à Winnipeg en 20019.

La théologie autochtone

La théologie autochtone se penche principalement sur la validation de l’identité culturelle des autochtones et la décolonisation (on pourrait dire la déconstruction et la reformulation) de la théologie occidentale classique qui a collaboré de près à la colonisation. À cet effet, NAIITS a obtenu, en 2023, une bourse de cinq millions de dollars de la Lilly Endowment Pathways for Tomorrow Initiative pour la création du Canadian Learning Community for Decolonization and Innovation in Theological Education (CLC). Selon son directeur, Mike Hogeterp, « la vision du CLC est une approche créative et audacieuse pour la réalisation des appels à l’action no 59 et no 60 de la Commission de vérité et réconciliation du Canada (concernant l’éducation de l’Église et la formation théologique)10 ». Trois universités canadiennes participent à ce projet avec NAIITS : Ambrose (Alberta), Tyndale (Ontario) et Acadia (Nouvelle-Écosse). Le principe de fond de leur méthodologie est celui de la démarche appréciative autochtone. Cette démarche permet à chacun de s’exprimer afin d’établir les valeurs communes sur lesquelles ils peuvent s’appuyer afin d’orienter et de planifier de façon stratégique les objectifs qu’ils se sont fixés. La dimension autochtone de ce principe fait référence à l’approche relationnelle et narrative qui lui est associée.

Au Québec, un nouveau groupe œcuménique composé de professeurs, de chercheurs et de praticiens se penchent sur des questions similaires à celles de NAIITS en vue de rendre la formation théologique plus accessible aux peuples autochtones de la province.

 

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