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Sur les routes atikamekw, « JE suis là »

Image en bandeau : Sur les routes atikamekw | Photo : Jean Gagné

Le 9 février dernier, nous raconte Jean Gagné, prêtre collaborateur à la Mission Saint-Étienne à Opitciwan, j’ai reçu un appel téléphonique de la part d’un des membres du comité de pastorale d’Opitciwan (Obedjiwan). Il m’a demandé d’animer un ressourcement spirituel d’une durée de trois jours lors de mon prochain séjour au sein de la communauté. Un court délai pour répondre à ce besoin imminent qui se faisait sentir dans la communauté atikamekw…

Mon passage était planifié les 22 et 23 février, soit deux semaines plus tard. Surpris par cette sollicitation à peu de semaines d’avis, je lui ai demandé la raison d’une demande aussi pressante. La réponse a été simplement : « C’est parce que nous en avons besoin. » Devant cette demande, prenant la balle au bond, j’ai donc accepté d’y répondre, mais je me suis demandé intérieurement comment je m’y prendrais, dans un si court laps de temps, pour bien me préparer à animer ce temps de ressourcement, sans compter le fait que je voulais, bien entendu, être à la hauteur de la demande reçue.

Jean Gagné | Photo : Jean Gagné
Jean Gagné | Photo : Jean Gagné

Pour me guider dans la préparation de ce ressourcement, les membres du comité m’ont proposé le thème « Une espérance à cultiver ». Ce thème était aussi celui du carême à venir. Comme je suis présent dans cette communauté depuis plus de deux ans et demi, je suis assez au fait de ce qui procure de la joie à ses membres, mais également des défis auxquels ils font face et des épreuves qu’ils traversent sur le plan social, notamment avec les problèmes de consommation. Ce thème, donc, était fort de sens.

Au lendemain de cette demande, les membres de la communauté avaient été convoqués par le Conseil de bande à une assemblée publique afin de discuter des « problématiques sociales liées à la consommation d’alcool et de drogues ». Le sujet de cette rencontre a donc jeté les bases de ma réflexion. Pour me permettre de mieux connaître la réalité sur le terrain et d’utiliser les mots les plus justes pour aborder cette réalité, j’ai donné rendez-vous à un travailleur social œuvrant pour la communauté d’Opitciwan. Ce fut une rencontre fort instructive.

Dès la première rencontre de ce ressourcement, j’ai proposé une réflexion sur le besoin d’espérer dans le contexte de ce qui se vit à Opitciwan. En m’inspirant d’une page Facebook nommée « Sur les routes atikamekw », page sur laquelle les gens s’informent des conditions des différentes routes forestières que l’on trouve sur l’ensemble du territoire atikamekw, voire au-delà, je les ai invités à prendre la direction de leur chemin intérieur afin d’y observer l’état de leur propre chemin de vie, sans oublier celui de la communauté. Et nous avons pris la route ensemble, celle qui se fait plus intérieure, mais aussi celle qui nous mène vers nos sœurs et frères atikamekw.

Nous nous sommes rappelé la promesse de Dieu adressée à Jérémie au moment du saccage de Jérusalem et de la déportation des juifs à Babylone : « Je suis là ». Ensuite, nous nous sommes laissé interpeller par la question suivante : « Veilleur, où en est la nuit ? Veilleur, où donc en est la nuit ? » Le veilleur répond : « Le matin vient, et puis encore la nuit… Si vous voulez des nouvelles, interrogez, revenez. » (Isaïe 21, 11-12) Se sont ensuivies ces deux affirmations : Toi qui es veilleur dans la nuit, « Je suis là ». Toi qui es sur les routes atikamekw, « Je suis là ». Si la foi du prophète Jérémie à l’égard de Dieu lui a permis de persévérer et de trouver courage, croyant que, pour Dieu, tout était possible, si la foi des ancêtres de la communauté autochtone atikamekw d’Opitciwan et de leurs parents leur a permis de croire aussi que tout était possible, je crois également que la foi des gens que je connais dans cette communauté, celle dont je suis témoin, peut ouvrir à un possible avenir rempli de promesses.

Église d'Opitciwan | Photo : Catherine Ego
Église d’Opitciwan | Photo : Catherine Ego

Afin de rendre cet enseignement plus concret, nous nous sommes également rappelé les rencontres de Jésus avec ses contemporains dans leur monde réel, dans leur fragilité, leur maladie, leur péché, voire dans la mort elle-même. Je me suis permis de rappeler que ce qui est beau dans le fait d’espérer, c’est que Dieu s’engage envers nous et il tient parole. C’est ce que Jésus a fait tout au long de sa vie. Chaque rencontre a été pour lui une occasion d’aimer d’un amour qui a transformé des vies, qui a guéri non pas seulement le corps mais le cœur et l’âme, qui a relevé des gens qui n’avaient plus la capacité de le faire, qui a réinséré socialement des personnes que l’on avait exclues en raison de règles religieuses ou sociales, qui a été signe de la miséricorde et du pardon de Dieu. Nous avons été invités à transformer les rencontres où nous avons et aurons l’occasion d’aimer comme l’a fait Jésus lors des différents rendez-vous qu’il a eus avec ses contemporains.

Enfin, et ce fut pour moi une expérience spirituelle inattendue, à la fin de la célébration dominicale qui clôturait ce ressourcement, on m’avait demandé d’aller vers les gens avec l’ostensoir dans lequel se retrouvait l’hostie consacrée. Je me suis donc arrêté devant chaque personne, prenant le temps qu’il fallait pour que chacune puisse pleinement s’adresser au Seigneur. Comme je désirait faire de ce moment sacré un espace pour que chaque personne ait une rencontre personnelle avec Jésus Christ, je me suis dissimulé autant que possible derrière l’ostensoir. Ce qui ne m’a pas empêché de voir des lèvres murmurées quelque chose et de voir parfois couler des larmes sur les joues. C’est alors que j’ai ressenti au plus profond de moi-même que, comme il l’avait fait avec ses contemporains, à ce moment précis de la célébration, Jésus allait lui-même à la rencontre des gens présents dans cette église. Ce moment m’a profondément bouleversé.

Jean Gagné se prépare à aller vers les gens avec l'ostensoir | Photo : auteur inconnu
Jean Gagné se prépare à aller vers les gens avec l’ostensoir | Photo : auteur inconnu

Lorsque est venu le geste d’envoi à la fin de la célébration, comme eux-mêmes après avoir communié étaient porteurs et porteuses du Christ, je leur ai dit qu’ils étaient des ostensoirs vivants. C’est pourquoi je les ai invités à aller vers leurs sœurs et frères afin de témoigner de la présence du Christ Jésus dans leur vie et au sein même de la communauté.

Je me permets d’ailleurs de partager avec vous ces commentaires que j’ai pu recueillir à la suite de notre rassemblement, dont, d’abord, celui de Diane : « Mes frères et mes sœurs (de la communauté) ont besoin de s’unir, de se rassembler de se rapprocher de celui qui peut les consoler, qui peut les fortifier, qui peut transformer leurs cœurs. Moi aussi, j’avais besoin de ce beau ressourcement. Comme Jésus a dit : « Je serai toujours là jusqu’à la fin des temps. » C’est la promesse qu’il nous a laissée à tous. Malgré tous nos chemins qui, parfois, sont difficiles à marcher, ce chemin nous mène à Jésus. Ça été une belle rencontre d’amour, qui a permis à tous de se laisser toucher et regarder, de se plonger dans son océan d’amour plein de miséricorde. »

Ensuite, celui de Francine, qui affirme que ce moment leur a permis de nourrir « la persévérance dans [leur] action pour vivre avec le Seigneur » et les a aidés à « cultiver l’espérance ».

Bref, sur les routes atikamekw, « JE suis là », de nous rappeler le Seigneur.

 

2 Commentaires

  • Édith Savard
    Publié 4 juin 2025 à 11 h 30 min

    Je trouve la gestuelle superbe! Je sais ce que cela fait pour l’appliquer moi-même à certains moments de l’année. Je dis au gens à ce moment-là que c’est Jésus qui a besoin de nous toucher et de nous sentir près de lui. Ce sont des moments de grande intimité, d’un vrai cœur à cœur avec celui qui nous aime tant et qui désire être proche de nous, même parmi une assemblée.

  • Mario Bard
    Publié 6 juin 2025 à 13 h 47 min

    Quelle joie de te lire Jean ! En effet, ces rencontres avec le Christ, Jésus de l’Évangile, sont toujours bouleversantes. Elles labourent notre vie et, à chaque jour, chaque minute, chaque seconde, elles permettent de vraiment suivre Celui qui peut tout sur le chemin de l’espérance. Merci !

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