Image en bandeau : Le pow-wow d’Odanak, édition 2025 | Photo : Diocèse de Nicolet
Pierre Houle, intervenant pastoral en milieu autochtone et prêtre, nous entretient à propos de son expérience de plusieurs années auprès de la communauté des Abénakis d’Odanak, située près de la rivière Saint-François dans le Centre-du-Québec. Une communauté autochtone dont il parle avec admiration et qu’il porte dans son cœur.
Mon nom est Pierre Houle et, depuis 2006, je suis le curé missionnaire de la communauté abénakise d’Odanak, un nom qui signifie « Notre village ». Odanak est une réserve située en bordure de la rivière Saint-François dans le Centre-du-Québec. En tant que mission catholique, les Abénakis sont installés à Odanak depuis 1700. Outre Odanak, je dessers également six autres communautés chrétiennes situées dans la même région. Surnommé «l’abbé naquis», il va sans dire que j’ai beaucoup d’admiration pour les Abénakis : leur courage, leur résilience, la fierté qui les anime, leur respect pour la nature, l’attachement à leur culture et les efforts qu’ils déploient pour assurer le bien-être des générations futures, tout cela m’impressionne grandement!

En tant qu’évangélisateur, ma priorité à Odanak est d’être un témoin de la bienveillance de Dieu pour le peuple abénakis. J’essaie d’être proche des membres de la communauté, présent le plus qu’il m’est possible à leurs repas communautaires, à leurs fêtes et aux activités rassembleuses importantes de la communauté. Il m’importe d’être à l’écoute des souffrances et des blessures du cœur qui me sont confiées : souffrances partagées par quelques survivants des pensionnats autochtones, ou par des aînés qui jadis ont été victimes de racisme, ou encore traumatisés par la façon dont on leur a enseigné l’histoire du Canada. Le regard que je porte sur eux est un regard sans préjugés, bienveillant et admiratif. Un regard qui sait reconnaître la dignité de leur nation, l’importance de leur histoire, la richesse de leur culture et la beauté de leur spiritualité. Comment d’ailleurs ne pas respecter une nation qui a plus de 10 000 ans d’histoire confirmés par des fouilles archéologiques!
Un rapprochement entre spiritualités et communautés
Pour ma part, le respect que j’ai pour la culture et la spiritualité abénakises m’incite à intégrer des éléments de celles-ci dans les rituels chrétiens habituels. Une telle intégration est surtout importante lors des grandes célébrations liturgiques rassembleuses de la communauté abénakise. Une conviction m’habite: intégration ne signifie pas trahison de la foi et des valeurs chrétiennes. Il s’agit en fait d’intégrer des éléments de spiritualité qui ne s’opposent pas et ne se contredisent pas, mais qui plutôt se complètent et s’enrichissent de leurs significations respectives. Lors de la grande messe du pow-wow, par exemple, les langues abénakise, française et anglaise fraternisent ensemble, les chants abénakis côtoient les chants chrétiens et le son des tambours se mêle à celui de l’orgue. Lors de la procession des offrandes, on amène le pain et le vin, mais également des offrandes traditionnelles abénakises en lien avec leur histoire, leur artisanat et leur culture. Au rituel chrétien de la paix s’ajoute la présentation du calumet de paix aux six directions. À l’occasion, la bannique, pain traditionnel abénakis, sert de pain eucharistique. Et à la fin de la célébration, le chef de la communauté, en costume traditionnel, adresse ses souhaits à l’assemblée composée autant d’autochtones que d’allochtones. À Noël, la crèche prend la forme d’une tente indienne et les douze coups de minuit, frappés au tambour, précèdent le chant du Minuit chrétien. Lors des funérailles chrétiennes, lorsque les familles en font la demande, le rite de purification, avec de la sauge que l’on brûle, vient compléter le rituel chrétien de l’encensement. On donne alors à ce rite autochtone un sens qui s’harmonise avec la foi chrétienne.

En général, la communauté abénakise d’Odanak entretient de bonnes relations avec les municipalités voisines. Mais bien des gens nourrissent des préjugés envers les Autochtones. J’ai donc à cœur de favoriser des rencontres entre Abénakis et allochtones qui ouvrent la porte à des échanges enrichissants permettant une meilleure connaissance mutuelle. Par exemple, chaque année, j’invite l’évêque de notre diocèse et tou·te·s les diocésain·e·s qui le désirent à participer aux activités du pow-wow, de même qu’à la marche aux flambeaux du 4 octobre durant laquelle on rappelle en particulier le drame des femmes autochtones assassinées ou disparues. J’ai aussi participé à l’organisation d’une journée diocésaine visant à sensibiliser les allochtones aux injustices subies par les Autochtones au cours de l’histoire. Mme Nicole O’Bomsawin, anthropologue, muséologue et conteuse bien connue, a fait vivre aux participant·e·s l’exercice des couvertures, un atelier pédagogique interactif et expérientiel qui fait vivre 500 ans d’histoire de colonisation au Canada. Ce genre d’initiatives favorise le «marcher ensemble» dans la vérité et la réconciliation. Une réconciliation tant souhaitée, mais qui n’aura jamais lieu sans que ne soient d’abord reconnus les grands torts causés aux Autochtones et sans des efforts déployés en vue d’une juste réparation.



Des passerelles entre autochtones
Enfin, à quoi bon construire des ponts entre Autochtones et allochtones si on ne construit pas d’abord une passerelle bienveillante entre deux communautés abénakises sœurs situées à seulement 50 kilomètres de distance, mais qui se fréquentent peu, se méconnaissent et ont des visées socio-politiques divergentes? Or c’est ce que vivent actuellement les communautés d’Odanak et de Wôlinak. Ce qui m’a incité à proposer à Mme Nicole O’Bomsawin d’élaborer, en équipe avec quelques personnes des deux communautés, un projet dont l’objectif serait de favoriser un rapprochement entre les deux communautés sœurs. Un beau projet qui, grâce à l’appui précieux de Mission chez nous, est déjà en cours de réalisation chez nous!
Je terminerais simplement en disant que j’aime la communauté abénakise d’Odanak et que je la porte dans mon cœur. Et je remercie le Seigneur de m’avoir appelé à être son curé missionnaire durant autant d’années! Mon seul regret: ne pas pouvoir en faire plus pour Odanak, ayant plusieurs paroisses à desservir dans la région.




L’abbé Pierre Houle est né à Québec le premier juin 1954. Après l’obtention d’un doctorat en médecine à l’Université Laval, il obtient un bac en théologie à cette même université, tout en étant séminariste au Grand Séminaire de Québec. Poursuivant ensuite ses études à Rome en Italie, il obtient une maîtrise en théologie à l’université Angelicum. Le 25 mai 1986, il est ordonné prêtre par le pape Jean-Paul II. En plus de desservir plusieurs paroisses, il est intervenant pastoral en milieu autochtone auprès de la communauté des Abénakis d’Odanak, au Centre-du-Québec.

