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Un ressourcement qui porte des fruits

Image en bandeau : participant·e·s au ressourcement | Photo : France Salesse

Pour la première fois, Mission chez nous a organisé, du 17 au 19 novembre derniers, à Lac-Bouchette, un ressourcement pour les intervenantes et intervenants pastoraux en milieux autochtones provenant de partout au Québec. Dix-huit personnes y étaient présentes pour réfléchir à leur engagement.

Le magnifique décor de l’Ermitage Saint-Antoine de Lac-Bouchette s’était recouvert d’un beau tapis de neige pour nous accueillir. Guidés par Pierre Lalonde, psychologue, et Manon Lefebvre, agente de pastorale à la retraite, nous avons pris le temps de réfléchir à notre vocation et à notre mission. Et de nous demander si nous étions, chacun·e, sur «notre X», à cette place où nous sommes appelé·e·s à être dans nos vies. Une façon de revoir nos engagements. Nous étions aussi accompagné·e·s par
 Estelle Drouvin, accompagnatrice spirituelle du Centre Le Pèlerin, qui offrait au besoin un sou­tien psychologique et spirituel indivi­duel aux participant·e·s. De beaux moments de réflexion ont surgi de cet exercice, que ce soit en grand cercle de parole ou en petits. Nous avons pris le temps de regarder notre histoire, notre vocation, ce à quoi nous avons été appelé·e·s. Les oui que nous avons dits, mais aussi les non.

Voici plus en détails le déroulement. Le lundi soir à l’arrivée, chacun·e a partagé des nouvelles de la communauté qu’il ou elle accompagne. Après le souper, nous avons tenté de répondre à la question: quel est mon propre cheminement? Comment suis-je arrivé·e où
je suis?

Mardi, nous avons pris le temps de répondre à d’autres questionnements person­nels et de partager nos réflexions en petits groupes. Où en suis-je par rapport à mon X? Qu’est-ce qui m’en éloigne ou m’en rap­proche? Et si je compare ma vie actuelle à un arbre, quelles sont les racines qui me nour­rissent (mes besoins), le tronc qui me tient (mes forces et compé­tences) et les branches qui se déploient (mes réalisations et leurs fruits). Ce symbole de l’arbre nous a aidé·e·s à préciser ce X qui est le nôtre. En fin de journée, pour signifier cet appel que nous recevons de Dieu par le biais de notre X, celui-ci est devenu «croix». Tous ces bons moments ont culminé par une célé­bra­tion eucharistique fraternelle qui a eu lieu dans la chapelle où repose Élzéar Delamarre, le fondateur de l’Ermitage.

Enfin, mercredi matin, nous avons fait le point sur nos réflexions de la veille et regardé les pousses qui veulent surgir, ou sont appelées à le faire, sur le chemin vers notre X. Avant le dîner, nous avons terminé le ressourcement par une messe d’action de grâce pour les riches moments vécus tant lors de nos réflexions que des discussions pendant les repas, et les liens sentis qui se sont créés entre nous. Mentionnons au passage que l’équipe de Mission chez nous, composée de Mathieu Lavigne, Chantal Jodoin et Ghislain Bédard, ont vécu ce ressourcement avec le groupe, au même titre que les intervenantes et intervenants pastoraux réuni·e·s.

Ce «temps dans la clairière» que avons vécu ensemble a surtout servi à mieux comprendre ce que nous vivions, à écouter l’autre, à laisser les paroles couler en nous, à nourrir nos réflexions, à ressentir les liens qui se tissent de plus en plus entre chacun·e. Ainsi, nous pourrons sûrement éviter de nous perdre au retour dans nos forêts propres, un peu éloigné·e·s que nous sommes les un·e·s des autres, mais tenu·e·s ensemble, désormais, par des liens plus forts…

 

À mon retour à la maison, après ce ressourcement, j’ai fait un rêve et dans les cultures autochtones, le rêve influence la réalité : je vous le confie.

Voyage dans le Nitassinan, le Nitaskinan, le Mi’kma’ki

Je pars faire un voyage en moi-même avec d’autres. Nous sommes des voyageur·euse·s en provenance de différents territoires: innus, attikamekw, mi’gmaq… Nous suivons l’exemple d’un homme-Dieu, Jésus qui, lui, explora le monde juif. Quel est son approche de la réalité, sa manière de faire ?

Il se déplace vers le désert, endroit de silence. Il s’y déplace pour mieux connaître ses fondements, ses forces et s’éclairer sur la paix qu’il projette pour ses concitoyen·ne·s. Je regarde par la fenêtre : nous sommes en forêt, endroit de silence.

Jésus se fait des ami·e·s, il aime avoir des ami·e·s. Je regarde autour de moi, il y a plein d’ami·e·s. Il me semble que nous sommes prêt·e·s. Ah! Une petite chose, Jésus aime manger avec ses ami·e·s… Mais on nous dit déjà qu’il y aura des repas où nous pourrons échanger.

Partons en forêt, il nous faut trouver un X sur notre chemin pour savoir où l’on est. On cherche en nous-mêmes, on le verbalise, on le personnalise. On écoute… peut-être y a-t-il un appel ? Qui sait ! Mais un appel, pour quoi faire ?

Tiens, tiens, nos X respectifs ne sont pas tous à la même place, sommes-nous perdu·e·s ? « Mais non », nous dis une voix féminine. Jésus nous envoie deux guides, Pierre, pas celui qui garde les portes du ciel, non, l’autre, le psychologue, et sa compagne Manon. Nous sommes des ami·e·s, nous disent-ils. Des ami·e·s, toutes et tous différent·e·s, mais des ami·e·s uni·e·s par le même objectif : un monde plus juste et plus fraternel.

Notre but est le même, nos chemins différents. Serait-il vrai que tous les chemins mènent à Rome? On entend dans la forêt des murmures: « Je ne suis pas certain, je manque de force, je doute… » Allons-nous nous disperser ? Pierre et Manon sont là. Vous êtes sur vos territoires, disent-ils. Regarder face à vous l’arbre qui se dresse. Il est vous, vous êtes lui. Vos pieds, ses racines sont sur et dans le même terreau. Fouillez, creusez pour prendre conscience de vos racines. Regardez le tronc, la personne, que ces racines nourrissent, prenez conscience des branches qui se rattachent à ce tronc, des réalisations qui émanent de votre personne.

Vous êtes dans une forêt un peu magique cependant. Vous ne pouvez changer vos racines ni votre corps, mais vous pouvez élaguer dans vos réalisations, couper des branches pour passer, réorganiser des éléments pour avoir une harmonie. Mais parfois cela fait mal. La branche était belle, mais il faut s’en séparer. Elle était belle dans le temps, mais le vent a fait des ravages.

Toutes les personnes avancent. L’endroit où nous sommes, notre X, se précise. Tiens! une clairière, on devrait en profiter pour manger. Manger n’est qu’un prétexte. Prétexte assez intéressant. La nourriture est bonne. Le temps dans la clairière sert surtout à comprendre, à écouter l’autre, à laisser les paroles couler en nous et à nourrir nos propres réflexions, à ressentir les liens qui se tissent et qui vont éviter que nous nous perdions au retour dans la forêt, un peu éloigné·e·s les un·e·s des autres que nous sommes, mais tenu·e·s ensemble par des liens.

Retour en forêt. On avance chacun·e à son rythme. Par hasard (laissez-moi en douter !), on rencontre une grotte. Pierre et Manon nous guident, mais le véritable modèle, Jésus, nous attend dans la grotte en compagnie d’Elzéar (fondateur de l’Ermitage) et d’Éléazar (2 Macc 6,18). Elzéar nous dit : « Marchez, marchez, marchez même sur moi : pélerinez (marchez). » L’autre dit : « Soyez fidèles à vous-mêmes ; marchez, marchez droit. » Jésus, lui, vient de quitter son X pour être attaché sur son T. Allez dormir.

Au réveil, l’orée du bois nous apparaît. Il s’y trouve une belle grande salle, bien fenestrée, vue sur le lac et la forêt plus loin. Nous avons nos diplômes de circulation en forêt sur son X. Nous allons repartir seul·e·s sur nos territoires, mais pas tout à fait. Nous avons des liens qui nous unissent. Avant de nous laisser aller, Pierre et Manon nous font prendre conscience de nos boussoles pour ne pas nous égarer ou pour nous retrouver. Vérifier nos alignements, quand ça cogne quand on avance, ce n’est pas bon signe. Regarder autour de nous, réfléchir sur nos besoins, écouter notre corps et notre conjoint·e si on en a, sinon se tourner vers les ami·e·s.

Mais ces derniers mots sont quelques peu enfouis dans notre mémoire pour ressortir quand il sera nécessaire, car au départ ce sont les sentiments qui prennent le relais sur la raison. On se quitte avec la conviction que nous avons été Église, nous sommes Église et nous serons Église.

Tshima it (ainsi soit-il, en innu-aimun).

Voilà ce qui nous est remonté du cœur au lendemain de notre participation au ressourcement pour les intervenantes et intervenants pastoraux en milieux autochtones organisé par Mission chez nous, sous le thème : Le cheminement de sa vocation-mission vers son X, avec comme guide principal… Jésus de Nazareth.

Au premier rang: Isabelle, Manon, Renelle, Anne-Marie, Gérard et Ghislain; au second rang: Sébastien, Jean, Chantal, Luc, Pierre, Luc, Alain R., Mathieu, Jocelyne, Alain B., Estelle Krzysztof et Emmanuel | Photo : Jean Gagné
Au premier rang: Isabelle, Manon, Renelle, Anne-Marie, Gérard et Ghislain; au second rang: Sébastien, Jean, Chantal, Pierre, Luc, Alain R., Mathieu, Jocelyne, Estelle, Alain B., Krzysztof et Emmanuel | Photo : Jean Gagné

Voici le nom des intervenantes et intervenants rassemblés pour l’occasion : Alain Riendeau, d.p., de la communauté de Wemotaci (diocèse de Trois-Rivières); Anne-Marie Forest et l’abbé Krzysztof Nowak, communauté de Manawan (diocèse de Joliette); Isabelle Gagnon et Sébastien Lafontaine, communautés de Lac-Simon et de Kitcisakik (diocèses de Rouyn-Noranda et d’Amos), l’abbé Emmanuel Obidile, mission Sainte-Anne, à Listuguj, et mission Kateri Tekakwitha, à Gesgapegiag (diocèse de Gaspé); sœur Renelle Lasalle, ss.cc.j.m., missionnaire retraitée ayant œuvré en milieu anicinabe; l’abbé Luc Ngonda-Nkoy Losaïla, communauté Sainte-Anne de Winneway (diocèse de Rouyn-Noranda); le père Gérard Boudreault, o.m.i., communauté de Pessamit (diocèse de Baie-Comeau) et, finalement, Jocelyne Guénard, l’abbé Jean Gagné et Alain Bilodeau, d.p., communauté d’Opitciwan (diocèse de Chicoutimi).

Mission chez nous remercie chaleureusement la Fondation Eulalie-Rose et la Société des Missions-Étrangères du Québec pour le soutien accordé à ce projet.

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