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Vivre ensemble à Opitciwan

Image en bandeau : Baptisés engagés dans la vie pastorale d’Opitciwan | Photo : Alain Bilodeau

« Comment décrire une expérience humaine avec des mots? Les mots sollicitent notre intelligence alors que l’expérience convoque tous nos sens et nos sentiments », expliquent d’emblée Alain Bilodeau, diacre, et Jocelyne Guénard, qui tentent de nous raconter par écrit leur riche expérience d’intervenants pastoraux en milieu autochtone à la Mission Saint-Étienne à Opitciwan.

Commençons par le début. Chaque fois que nous nous préparons à nous faire présent·e·s à Opitciwan, il y a un temps de transition. Nous deux, Jocelyne et Alain, nous habitons un pays de plaine, de culture, de plantes, parsemé de maisons. Nous prenons notre auto pour nous rendre à Opitciwan, et la transition se fait sur une durée de 4 heures. Nous quittons ce coin de plaine pour rejoindre bien vite un pays de forêts, de lacs, de collines et de rochers. Tout un contraste. Nous nous dirigeons alors vers une communauté isolée au centre du Québec, à la jonction de l’Abitibi, de la Mauricie, du Saguenay-Lac Saint-Jean et du Nord-du-Québec. Plein de gens y vivent, environ 2500 personnes habitent là. Une belle communauté accueillante, chaleureuse, priante et rieuse.

Contraste de paysage, mais aussi contraste de culture. Nous venons d’une culture de linéarité. Et nous arrivons dans un endroit où le cercle est la base. Une direction, mais qui consulte et fonctionne en consensus. Une culture qui vise l’efficacité (la nôtre) et une autre (la leur) qui déploie un milieu de vie. Nous, ça nous permet d’apprendre des deux cultures, de voir qu’elles sont complémentaires et de tirer le meilleur des deux.

Les jeunes viennent chercher de l'eau au presbytère, car il y a une aire de jeu tout près | Photo : Jocelyne Guénard
Les jeunes viennent chercher de l’eau au presbytère, car il y a une aire de jeu tout près. Alain est derrière. | Photo : Jocelyne Guénard

Le milieu est chaleureux, plein de chaleur humaine. Mais le milieu est aussi souffrant. Le désœuvrement est là, qui engendre souvent de la consommation : alcool, drogue et autres dépendances. Une seule industrie, des services municipaux, des services de santé, des services sociaux, des services alimentaires. L’ouvrage manque pour ceux et celles qui sont aptes à travailler pour leur communauté. Beaucoup de jeunes aussi, qui ont une formation générale, attendent et sont en recherche de travail, d’identité, de fierté. Beaucoup de monde, peu de logements. On s’entasse alors dans les bâtiments existants. Promiscuité, tensions familiales, détresse, tout cela s’installe. Aide sociale, allocation familiale sont des sources de revenus importants.

Contraste, le milieu est aussi très priant. La spiritualité, la religion tient beaucoup de place dans leur vie. Une religion de charité active. Il y a une soupe populaire mensuelle. Des mokocan se vivent à toutes les funérailles. Ce sont des repas communautaires pour aider les familles endeuillées en leur enlevant le souci des repas à faire. Il y a des chasseurs qui donnent du gibier à la maison des Aîné·e·s pour améliorer leur ordinaire. Il y a des sessions organisées en territoire forestier pour lutter contre les diverses dépendances. Des collectes de fonds s’organisent dans les commerces pour aider les familles dans le besoin, par exemple pour les frais funéraires. Le conseil de bande est généreux et aide la communauté pour la tenue de diverses fêtes et sorties.

Soupe populaire organisée une fois par moi | Photo : Jocelyne Guénard
Soupe populaire organisée une fois par mois | Photo : Jocelyne Guénard

La religion est présente, pleine de symbolisme. Les processions se font encore, le chapelet, les pèlerinages sont d’actualité dans d’autres pays comme dans ces endroits, ici, au Québec. Sensibilité aux esprits, aux présences inexpliquées, objets de protection pour les maisons comme le sel, l’eau bénite, les médailles et autres objets religieux qui côtoient les capteurs de rêves, les herbes tressées et la sauge.

Sol pauvre en apparence, mais territoire riche en beautés de toutes sortes. Lacs et rivières le parsèment. Petits fruits sauvages, herbes médicinales, forêts en croissance, gibier de toutes sortes, poissons délicieux font l’excellence de ces territoires. Pays tout en contrastes.

Branches de sapin utilisées pour le dimanche des Rameaux | Photo : Jocelyne Guénard
Branches de sapin utilisées pour le dimanche des Rameaux | Photo : Jocelyne Guénard

Mais l’humanité des personnes prend le haut du pavé dans ces contrastes. Il est facile d’entrer en relation avec les gens. La langue peut être un obstacle, car la langue atikamekw domine dans les familles. Le français est compris, tout de même, par la majorité des adultes. Seuls les plus jeunes commencent leur apprentissage du français dès les premières années du primaire. Ceux-ci ont donc souvent un léger retard sur les programmes scolaires québécois quand ils choisissent de poursuivre leurs études au cégep et à l’université, mais avec un peu de temps de rattrapage, ils réussissent à combler les retards.

Dans ce beau milieu qui cherche la croissance avec sa natalité forte qui, elle, promet un avenir meilleur, notre travail consiste à aider la communauté à développer son autonomie pour sa vie pastorale et spirituelle.

Plus explicitement, notre travail en est un d’accompagnement, d’écoute, où l’être est primordial.

Le travail administratif fait aussi partie de nos tâches, que ce soit la tenue des registres des baptêmes, des mariages, des funérailles afin de conserver la mémoire du territoire, ou la tenue de la comptabilité.

Nous sommes mandatés par le diocèse de Chicoutimi et notre évêque, Mgr René Guay, a à cœur la Mission Saint-Étienne. Nous ne voudrions pas oublier l’apport de l’abbé Jean Gagné qui complète notre trio. Jean est le prêtre qui vient une fin de semaine par mois pour célébrer la messe, offrir le sacrement du Pardon et administrer l’onction des malades, et aussi pour être à l’écoute de la communauté. De plus, la communauté diaconale du Diocèse est aussi présente dans notre mission. Elle nous soutient par la prière et prend soin de nous.

Nous ne voudrions pas oublier Mission chez nous qui nous appuie financièrement, mais aussi moralement en mettant en place des moyens de communication entre les différents intervenantes et intervenants pastoraux en milieu autochtone sous son aile, principalement par le moyen des cercles de paroles, du ressourcement offert chaque année, de la page Facebook et des différentes communications.

Mission chez nous a besoin de vous pour remplir sa mission. Merci de vos généreux dons.

Baptisés engagés dans la vie pastorale d'Opitciwan | Photo : Alain Bilodeau
Baptisés engagés dans la vie pastorale d’Opitciwan. Jocelyne est au fond à droite. | Photo : Alain Bilodeau

 

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