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NIN, «Je suis» : ode à la langue anicinabe

Image en bandeau : Entrée de l’exposition NIN «Je suis» | Photo : Julie Baribeau

Compte rendu de l’exposition NIN « Je suis » présentée au Musée de la civilisation de Québec jusqu’au 3 janvier 2027.

Nin, c’est une exposition où la langue anicinabe est racontée avec sensibilité. On emprunte un chemin, une route jalonnée d’histoires, d’œuvres d’art, de vidéos, de photos, de musiques et de récits dans une atmosphère feutrée, dans une forêt symbolique et métaphorique où on se laisse guider par nos sens avec plaisir. Avec un départ sur sa gauche, « dans le sens du lever du soleil », on s’immisce dès le début avec bonheur dans la culture anicinabe.

Dès notre entrée dans le parcours de l’exposition, on déambule dans les allées quelque peu obscures, sans être lugubres. On pénètre dans un univers enchanteur baigné de poésie. On se sent tout de suite enveloppé·e par la lumière tamisée et la douceur de la langue anicinabe que l’on entend en sourdine :

Je dis NIN comme mes ancêtres me l’ont appris. Ma langue, c’est la mélodie de la terre qui m’a donné la vie.

Je dis NIN avec chaque enfant de demain. Ma langue, c’est le flot de la rivière qui porte mon canot.

Je dis NIN avec les enfants d’aujourd’hui. Notre langue est un chant infini.

Entrée végétalisée de l'exposition NIN « Je suis » | Photo : Julie Baribeau
Entrée végétalisée de l’exposition NIN «Je suis» | Photo : Julie Baribeau

L’impressionnante installation végétale qui accueille le visiteur ou la visiteuse à l’entrée est en réalité faite de végétaux stabilisés. Il s’agit de plantes naturelles conservées grâce à des produits à base d’huile naturelle ou de glycérine végétale. Une fois ce processus effectué, la plante ne nécessite ni lumière naturelle ni eau. C’est formidable d’être accueilli par cet écrin de nature à l’intérieur d’un musée. Toute cette verdure donne envie de voir la suite et prépare le visiteur ou la visiteuse à une belle incursion dans cet univers en communion avec la nature.

D’ailleurs, toute la scénographie de l’exposition est fort intéressante. Elle est très immersive, et on a l’impression d’entrer dans un décor. Nos cinq sens sont sollicités, même l’odorat : avant même d’entrer, on a l’impression de sentir la pluie, ou la forêt après la pluie. On sent aussi une agréable odeur de mousse mouillée. Ce n’est pas une lubie, mais bien réel. C’est ce qu’on appelle le pétrichor. Cette odeur qui est diffusée et accueille les visiteurs et visiteuses est d’ailleurs en vente à la boutique du Musée sous forme d’huile ou de vaporisateur.

Entrée végétalisée de l'exposition NIN « Je suis » | Photo : Julie Baribeau
Entrée végétalisée de l’exposition NIN «Je suis» | Photo : Julie Baribeau
Présentation de la langue anicinabe | Photo : Julie Baribeau
Présentation de la langue anicinabe | Photo : Julie Baribeau

Chemises d'enfants symbolisant la dépossession vécue par le peuple anicinabe | Photo : Julie Baribeau
Chemises d’enfants symbolisant la dépossession vécue par le peuple anicinabe | Photo : Julie Baribeau

L’exposition est aménagée tout en symboles. On sent qu’elle est faite pour être ressentie, intériorisée. Une des œuvres qui retient l’attention est une installation présentant trois chemises blanches d’enfants qui symbolisent la politique de dépossession vécue par le peuple anicinabe. Une ficelle rouge est cousue sur la gauche du vêtement « côté cœur » et tombe jusqu’au sol comme une coulée de sang pour terminer dans une mare symbolique. Poignant! Ça prend aux tripes!

En fin de parcours, une œuvre grandiose se dresse autour d’un énorme tronc d’arbre dans lequel on peut entrer. Il s’agit de six robes représentant les saisons et les entre-saisons : pré-printemps, printemps, été, automne, pré-hiver et hiver. Chacune des robes est colorée, texturée, brodée et magnifiquement ornée de symboles et d’éléments de la nature. Les six robes sont façonnées par autant d’artistes différents. La pièce où sont disposées les robes est lumineuse, l’éclairage y est changeant, et elle inclut des projections sur les murs, ce qui contraste avec le début de l’exposition.

Robes des saisons | Photo : Julie Baribeau
Les 6 saisons représentées en autant de robes : SIK8AN (Pré-printemps) de Rosalie Mowatt et PIBON (Hiver) de Barbara Wabanonik | Photo : Julie Baribeau
Robes des saisons | Photo : Julie Baribeau
TAGWAGI (Automne) de Craig Commanda et NIBIN (Été) de Mary-Jane Brazeau | Photo : Julie Baribeau
Robes des saisons | Photo : Julie Baribeau
MINOKAMIN (Printemps) de Francine Chevrier | Photo : Julie Baribeau
Robes des saisons | Photo : Julie Baribeau
Robes des saisons | Photo : Julie Baribeau

Lorsqu’on déambule dans l’exposition, on est en contact constant avec la langue anicinabe, et exposé à cette belle langue mélodieuse, autant à l’écrit, sur les nombreux panneaux, qu’à l’oral. On y apprend d’ailleurs que le mot anicinabe lui-même veut dire « être humain ». On se sent cajoler par cette langue très douce, comme une berceuse, une langue aussi très descriptive et imagée… AMIK signifie castor et WAABOOZ, lièvre. Deux mots complètement différents désignent le pré-printemps et le printemps: SIK8AN pour l’un et MINOKAMIN pour l’autre. Toute cette expérience donne le goût de mémoriser davantage de mots et d’apprendre – pourquoi pas? – les rudiments de la langue.

Fait inusité : la raison d’être de cette exposition étant la mise en valeur de la langue anicinabe, le Musée a dû demander une dérogation pour que la prédominance soit accordée à la langue autochtone, et non au français, comme cela doit être le cas dans les établissements d’État au Québec. Cette démarche tombe sous le sens. Ainsi, dans l’exposition, la langue anicinabe est portée au premier plan, devant le français ou l’anglais.

Nin « Je suis » est une exposition présentée au Musée de la civilisation de Québec jusqu’au 3 janvier 2027.

Kukum, Une grand-mère, circa 1950 | Fonds Joseph Hermann Bolduc Archives nationales à Rouyn-Noranda
Œuvre Kukum / Une grand-mère, circa 1950, faisant partie de l’exposition | Fonds Joseph Hermann Bolduc, Archives nationales à Rouyn-Noranda | Photo : Julie Baribeau
Sacred Journey de Frank Polson, 2018
Œuvre Sacred Journey de Frank Polson, 2018, faisant partie de l’exposition | Photo : Julie Baribeau

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