Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre Indienne de ville d’Isabelle Picard (Québec, Flammarion Québec, 2025, 200 pages)
Avec son plus récent ouvrage, Indienne de ville, Isabelle Picard poursuit sur le chemin qu’elle s’est tracé avec sincérité et authenticité. Mettant de côté la fiction, elle emprunte cette fois les genres du récit autobiographique et de l’essai pour effectuer un retour sur certains moments choisis de son parcours personnel. De son enfance à l’âge adulte, à l’aube de ses cinquante ans, l’autrice se révèle simplement, dans une singularité qui pourtant nous rejoint tous et toutes.
Née au Village Huron — aujourd’hui Wendake — la jeune Wendat réalise rapidement que son monde se heurte à des frontières poreuses, mais bien réelles. Les préjugés sont parfois insidieux, parfois exposés, mais créent toujours un malaise. En grandissant, cette altérité frappe de plein fouet. Mais comment y réagir?
Isabelle Picard entame son secondaire l’automne suivant la crise d’Oka. Alors qu’un mépris évident se manifeste, elle répond par les faits. Et son choix porte fruit : les opinions sont ébranlées, le respect s’établit. Elle écrit alors : « L’éducation était bel et bien une arme redoutable, et désormais, ce serait la seule que j’utiliserais. » (p. 82) La droiture, la vérité, la déconstruction un par un des préjugés, ainsi se dessine un chemin de vie parfois lourd et épuisant, mais combien nécessaire. Quand tant d’erreurs et de désinformation circulent, choisir ses batailles importe tout autant.
Cette mission teintera ses choix académiques à l’Université Laval, notamment ses études en ethnologie, en études autochtones et en muséologie, et imprégnera son parcours professionnel, notamment par ses articles et ses prises de paroles dans les médias ou son mandat à Radio-Canada comme conseillère aux affaires autochtones.
Au cours des dernières années et à la suite des démarches entreprises avec la Commission de vérité et réconciliation, beaucoup de faits sont ressortis sur la place publique. Le traitement réservé aux populations autochtones a ébranlé, souvent choqué, mais a permis de mettre au jour des horreurs jusqu’ici cachées. Lorsque les médias ont relayé la découverte de 215 sépultures potentielles à l’ancien pensionnat de Kamloops en 2021, Isabelle Picard se trouvait en territoire avec sa radio pour garder le lien avec le reste du monde. À l’écoute de ces terribles nouvelles, elle n’a pu que laisser échapper un long cri d’impuissance et constater que la plaie prendrait bien du temps à guérir.
Quand l’autre a voulu vous faire disparaître, on peut concevoir que le simple fait d’exister devienne une obsession, comme l’autrice l’indique d’emblée dans son avant-propos. Se dire, c’est une façon de s’exposer, de se raconter et de rectifier l’histoire. C’est aussi éviter que d’autres ne le fassent à votre place. Trop d’années d’obscurantisme ont occulté la réalité autochtone au pays. Ce livre témoigne d’un parcours, d’une voix sensible qui s’élève pour ne plus se taire, pour tout simplement être.

Jacinthe Dostie étudie à l’Université Laval en vue de l’obtention d’un baccalauréat en littératures françaises et québécoises, puis d’une maitrise en histoire, option archivistique. Après avoir agi dix ans à titre de responsable de la gestion documentaire au ministère de la Justice, elle travaille actuellement à la Division de la gestion des documents administratifs et des archives de l’Université Laval.

