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Réconciliateur réconcilié : que fait un aumônier dans une prison fédérale?

Image en bandeau : Une fleur à l’ombre | Photo : Matt Baron Thompson/Unsplash

Laurent Gerber est un des aumôniers de l’établissement Joliette, un établissement carcéral fédéral pour femmes à niveaux de sécurité multiples. Parmi les détenues qu’il côtoie et à qui il offre présence et écoute, il y a plusieurs femmes autochtones. Il a bien voulu nous faire part de son expérience dans ce milieu carcéral et, plus particulièrement, de la réalité de ces femmes issues des Premières Nations.

Retrouver équilibre et sens

Comme chrétien, je me suis réconcilié avec Dieu par le biais de la mort de Christ pour ensuite devenir un réconciliateur, un ambassadeur de Dieu. À ce titre, je crois que Dieu offre une deuxième, troisième ou quatrième… chance à chacun et chacune, et je suis persuadé que le passé ne définit pas entièrement une personne. La prison n’est pas l’histoire finale de la détenue que je côtoie dans mon ministère. Je suis convaincu qu’il est possible de se libérer des erreurs passées par le pardon, la foi en Jésus et la volonté de devenir meilleur.

Comme aumônier, mon message est simple : ne pas rester ancré dans nos délits. Cette attitude assombrit notre âme et notre cœur. Laissons plutôt Dieu et son amour nous transformer pour trouver la paix et devenir de meilleures personnes.

Avec une équipe multidisciplinaire, je travaille auprès des détenues pour les préparer à une future réinsertion! Une chaise a quatre pieds, et si un des pieds est plus court, la chaise est bancale… De même, les femmes de la prison ont besoin de trouver un équilibre dans leur vie sur les plans physique, psychique, social et spirituel.

L’aspect spirituel concerne la recherche du sens de la vie et de la souffrance. C’est pour moi une connexion à une réalité plus grande que soi, un lien avec Dieu et avec une communauté de foi qui apporte un sentiment d’appartenance.

Une fleur à l'ombre | Photo : Matt Baron Thompson/Unsplash
Une fleur à l’ombre | Photo : Matt Baron Thompson/Unsplash

Pour la détenue, la prison peut être une occasion de réfléchir sur son histoire de vie, de faire face à son délit, de découvrir d’une façon personnelle la justice et le pardon de Dieu, de vivre de nouvelles expériences spirituelles.

J’offre une présence visible, et non une simple présence. J’accueille chacune et je ne cherche pas à connaître le délit qui l’a conduite en prison. Je me soucie de sa personne. Je la rencontre, je l’écoute, je l’informe. J’incarne une présence tranquille, non anxieuse, qui ne la juge pas. Je reçois aussi les demandes d’accommodements religieux. Je facilite l’établissement de liens avec le groupe confessionnel de la détenue. Je me fais disponible pour offrir du soutien spirituel à toutes ces femmes en réponse à des situations de crise.

Dieu est celui qui répare le sens de notre existence. Ce sens a un lien étroit avec ce qui a trait au pardon, à la culpabilité, à la colère, à l’hostilité, à la douleur, à la souffrance, à la honte, à l’acceptation, à la confiance et à d’autres éléments importants de notre expérience humaine.

Un jour, la femme en prison sera libérée et pourra, si elle le veut, commencer une nouvelle vie. Il lui faudra parfois couper des liens du passé, quitter­ « ses amis », changer de lieux. Cette démarche prend du courage et demande de la volonté.

Mon rêve est de trouver pour chaque femme qui me le demande un lieu sécuritaire qui lui permettra de développer un sens de l’appartenance. Je crois en la puissance rédemptrice d’une communauté de foi. L’Église n’est-elle pas composée d’hommes et de femmes qui reconnaissent leur besoin du pardon de Dieu pour leur vie? L’Église, par définition, est une terre d’accueil.

Aimer notre prochain, c’est apprendre à marcher dans ses mocassins. Ne pas juger, ne pas lancer la première pierre, mais bâtir un pont, vivre une rencontre, donner son temps, prier ensemble, pratiquer la réconciliation.

L’apport des femmes autochtones

Stacey1 est une femme métisse de la prison de Joliette. Elle vient souvent me trouver, comme elle va aussi à la rencontre d’une aînée autochtone. Dans le parcours Alpha, elle a découvert « qui est Dieu ». En regardant la série télé Chosen, elle a compris l’amour de Jésus.

Elle a été autorisée à aller vivre des célébrations le dimanche matin dans une église. Selon ses mots, cette communauté ecclésiale lui a permis une intégration en douceur dans la société sans jugement. Elle a fait la paix avec son passé. Elle s’est réconciliée avec ses racines autochtones et a retrouvé la fierté d’être métisse. Elle a demandé le baptême pour « se marier » avec Jésus.

Sa famille a bénéficié de l’aide de la banque alimentaire alors qu’elle n’était qu’une petite fille. Aujourd’hui, elle est heureuse de pouvoir donner à son tour.

Je rencontre régulièrement des femmes issues des Premières Nations à la chapelle. Elles ont toutes une spiritualité et sont toutes connectées avec le Grand Créateur. En prison, que ce soit en relation avec l’Aîné ou avec moi, Mireille2, membres des Premières Nations, m’a fait comprendre qu’elle veut grandir dans son être intérieur. Parfois, la Bible, la prière, l’eucharistie va l’aider. D’autres fois, un rite spirituel avec l’Aîné fera son effet. Pour Pamela3, j’ai le même but que l’Aîné : la mettre en relation avec Dieu.

Je suis très attentif aux soins spirituels que nous pouvons offrir à la chapelle, en particulier aux femmes des Premières Nations. Jésus s’est incarné sur terre en renonçant à ses privilèges divins. Reconnaître chaque femme autochtone comme étant issue des Premières Nations signifie qu’elles étaient ici avant moi… au Canada. J’apprends à les honorer. Ce qui ne veut pas dire que je suis d’accord avec leur délit. Avant la prison, elles étaient des femmes, de jeunes mères qui vivaient très souvent de la violence dans leur foyer. La spiritualité leur permet de découvrir leur véritable identité.

Lire la Bible ensemble est très enrichissant. Leur interprétation culturelle m’ouvre les yeux et me fait grandir. Saint Jean, dans le livre de l’Apocalypse, a dit qu’un jour toute langue, toute tribu, toute nation reconnaîtra Jésus comme fils de Dieu. Je vois en prison cette promesse se réaliser. Nous sommes différents, mais unis dans la même soif de découvrir qui est Dieu ! Mon plus grand défi comme aumônier est de créer un lien de confiance avec chaque détenue. En tant qu’homme, établir cette confiance prend du temps, et c’est normal… Quand le cœur s’ouvre, alors le miracle de la rencontre peut se produire.

Comme aumônier, je ne veux pas entrer dans le jugement. C’est facile… Je marche dans un esprit opposé à celui qui règne dans la prison. J’ai de l’espérance en Dieu pour chaque détenue. Elles sont ses créatures. Ma responsabilité est de les guider vers lui, qui a dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font! »

La venue régulière de bénévoles des communautés de foi dans les prisons est un cadeau énorme pour les femmes en prison. Ils sont pour moi les mains, les pieds, les oreilles et la bouche de Jésus. Leur amour inconditionnel et leur présence rendent « réelle » la présence de Jésus dans la prison. Ils sont un signe d’espérance.

Ma prière quotidienne est celle-ci : « Seigneur, je veux être un réconciliateur. Communique-moi ton amour et guide-moi vers des occasions de partager cette merveilleuse nouvelle de l’Évangile aux autres avec respect. Fais de moi un ambassadeur de ton royaume dans mes rencontres! »

 

1 Commentaire

  • Richard Nelson
    Publié 2 décembre 2025 à 8 h 10 min

    Déjà 55 ans, jeune médecin à l’hôpital St-Eusèbe de Joliette je parcourais les réserves de Manaouane et d’Obidjiwan en tournée médicale. Le meurtre des 5 Atikamekw à la rivière Du Milieu le 26 juin 1977 m’a profondément touché, particulièrement le désintéressement du ministère de la Justice par le biais du blanc-bec au poste de la SQ de St-Michel-des-Saints où je me suis arrêté en revenant de ma tournée à Manawan deux semaines après le drame. Cet officier répondit à ma question de savoir où en était rendu l’enquête, que celle-ci était terminée s’agissant tout bonnement d’un accident de la route. Depuis lors, j’ai compris l’acharnement des gouvernements fédéral et provincial d’éliminer du pays les Premiers Peuples. SVP me faire parvenir l’adresse de monsieur Laurent Gerber pour l’aider dans son oeuvre de réconcialiation. Merci.

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