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« Qui est ma mère, et qui sont mes frères? »

Image en bandeau : Célébration eucharistique du 30 septembre à l’église Sainte-Kateri-Tekakwitha à Mashteuiatsh | Photo : Mathieu Lavigne

Homélie prononcée à l’occasion de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, ce 30 septembre, par l’abbé Jean Gagné lors de la célébration eucharistique ayant eu lieu à l’église Sainte-Kateri-Tekakwitha, à Mashteuiatsh, avec le groupe participant au pèlerinage coorganisé par Mission chez nous et Spiritours en lien avec des membres de la communauté ilnue. Un moment fort qui a vraiment touché les cœurs des Ilnus présents, dont des ex-pensionnaires.

Homélie inspirée des textes Sagesse 9, 13-18 et Matthieu 12, 46-50 1.

« Qui est ma mère, et qui sont mes frères ? »

Cette page d’évangile n’est pas sans nous rappeler que Jésus était un être bien incarné dans une époque de l’histoire de notre humanité. Il avait des liens de sang. Il avait comme parents Marie et Joseph, de même que des cousins que l’on appelle « frères » dans ce texte. Il était de la race juive. Il appartenait à une culture. Il parlait l’araméen. Il était également de religion juive.

L'abbé Jean Gagné | Photo : Mathieu Lavigne
L’abbé Jean Gagné | Photo : Mathieu Lavigne

Alors qu’on l’informe que sa mère et ses frères sont là, dehors, cherchant à lui parler, Jésus désigne, d’un geste de la main, que sa mère et ses frères ne sont pas seulement sa famille immédiate, mais surtout celles et ceux qui font la volonté de Dieu et reconnaissent Dieu comme étant leur Père. À cela s’ajoute le fait que Jésus veut faire comprendre à tous ceux et celles qui sont présents que chercher à faire la volonté de Dieu, c’est entrer en communion avec ces frères et sœurs en humanité, notamment ceux et celles qui, eux aussi, cherchent à faire la volonté de Dieu. Nous comprenons donc ici que Jésus ne méprise pas sa famille, mais qu’il révèle une famille encore beaucoup plus grande.

Mais quelle est cette volonté de Dieu pour nous? Permettez-moi ici de reprendre les questions posées dans le texte de la première lecture : « Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur?2 » « Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint?3 » Les textes de l’évangile nous amènent à une autre compréhension de la volonté de Dieu. Une compréhension qui est peut-être plus facile à saisir parce que Jésus a accompli cette volonté en toute chose. En effet, celui-ci nous a enseigné en parole et en actes que la volonté de Dieu peut se résumer à aimer Dieu, mais aussi à aimer nos sœurs et frères en humanité, en nous appliquant à faire le bien qu’il nous propose. Car, en lui, il est indéniable que nous retrouvons le reflet même de Dieu. Qui voit le Fils voit le Père. N’est-ce que pas ce que Jésus a dit lui-même à Philippe qui lui avait demandé de lui montrer le Père?

Participant·e·s à la célébration du 30 septembre | Photo : Mathieu Lavigne
Participant·e·s à la célébration du 30 septembre | Photo : Jean Gagné

Si nous nous permettons un lien avec le contexte de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation qui nous rassemble ici aujourd’hui à Mashteuiatsh, nous ne nous pouvons faire autrement que reconnaître que nos gouvernements étaient loin de faire la volonté de Dieu. Au contraire, tout le mal qui a été commis à l’endroit de nos sœurs et frères autochtones, et ce, en raison d’idéologies colonialistes, nous pousse à penser autrement. Et ce qui est malheureux, c’est que des membres de l’Église se sont faits complices de cette idéologie. Certains d’entre eux sont même allés jusqu’à commettre des actes répugnants.

Vous savez, lorsque je lisais la question « Qui est ma mère, et qui sont mes frères? » que posait Jésus, je n’ai pu m’empêcher de penser au drame qu’ont vécu des milliers de personnes issues des communautés autochtones avec l’implantation des pensionnats. En arrachant les enfants à leur famille, en plus de leur interdire de parler leur langue, de les dépouiller de leurs vêtements, on a voulu, selon l’expression bien connue, « tuer l’indien » dans chaque enfant. D’après certains témoignages que j’ai entendus, on nous a raconté qu’en revenant à la maison après avoir été séparé de leurs parents durant de très long mois, il s’était installé une distance entre les parents et les enfants. Une distance linguistique en raison de la perte chez beaucoup d’enfants de leur langue maternelle parce qu’ils ne la parlaient pas dans les pensionnats; une distance culturelle liée au savoir-faire en territoire en raison du fait que ces mêmes enfants n’avaient pas reçu ces enseignements de leurs parents; une distance spirituelle parce qu’on avait éloigné ces enfants de ces pratiques et connaissances. Qui plus est, j’ai entendu récemment le témoignage d’un autochtone qui disait que, comme il n’avait pas appris ce qu’était l’amour d’un père et d’une mère, il n’a pas pu aimer ses propres enfants comme il aurait aimé le faire.

Aujourd’hui, cette Journée nous fait prendre conscience de l’importance de marcher ensemble. Le fait de marcher ensemble, comme me l’a confié Jay Launière-Mathias, directeur de l’organisme Puamun Meshkenu, « met en avant les messages de guérisons personnelle et collective, mais aussi de réconciliation ». Dans le fait de marcher ensemble, il y a cette invitation à nous rejoindre afin de rendre possibles le dialogue et la compréhension.

Cercle de parole | Photo : Mathieu Lavigne
Cercle de parole | Photo : Jean Gagné
N’oublions jamais que, que nous soyons autochtones ou allochtones, nous sommes des frères et des sœurs en humanité. En ce qui nous concerne, dans la foi que nous partageons, nous sommes conscients qu’en Dieu, nous avons un même Père, que nous avons un même frère qui a pour nom Jésus, et que nous avons un accompagnateur inestimable dans la personne de celui que nous appelons l’Esprit saint ou le Grand Esprit.

N’oublions pas cette volonté de Dieu qui se résume à nous aimer les uns les autres, dans le respect de nos origines ethniques, de nos différences culturelles et de nos langues. Et s’il y en a une qui, je crois, s’est exercée à mettre en pratique cette volonté, c’est bien Kateri Tekakwitha. Sa vie n’a certes pas toujours été de tout repos, mais elle a fait tout ce qu’il était possible pour traduire cette volonté dans son quotidien.

« L’eau de la rivière ne peut couler que vers l’avant. Jamais elle ne revient en arrière. Il en est ainsi pour la marche. La marche permet d’aller de l’avant. Cette marche, pour reprendre les mots de Jay, “c’est une façon très concrète de s’activer sur le chemin de la guérison et de la réconciliation et d’avancer ensemble vers la réconciliation”.4 »

Mamu Nikantetau ! Oui, avançons ensemble !


Sagesse 9, 13-18

Quel homme peut découvrir les intentions de Dieu? Qui peut comprendre les volontés du Seigneur? 14 Les réflexions des mortels sont incertaines, et nos pensées, instables; 15 car un corps périssable appesantit notre âme, et cette enveloppe d’argile alourdit notre esprit aux mille pensées. 16 Nous avons peine à nous représenter ce qui est sur terre, et nous trouvons avec effort ce qui est à notre portée; ce qui est dans les cieux, qui donc l’a découvert? 17 Et qui aurait connu ta volonté, si tu n’avais pas donné la Sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint? 18 C’est ainsi que les sentiers des habitants de la terre sont devenus droits; c’est ainsi que les hommes ont appris ce qui te plaît et, par la Sagesse, ont été sauvés.

Mathieu 12, 46-50
46 Comme Jésus parlait encore aux foules, voici que sa mère et ses frères se tenaient au-dehors, cherchant à lui parler. 47 Quelqu’un lui dit : « Ta mère et tes frères sont là, dehors, qui cherchent à te parler. » 48 Jésus lui répondit : « Qui est ma mère, et qui sont mes frères? » 49 Puis, étendant la main vers ses disciples, il dit : « Voici ma mère et mes frères. 50 Car celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. »

 

2 Commentaires

  • Gilles Truchon
    Publié 9 octobre 2024 à 6 h 46 min

    Quelle belle réflexion! Merci Jean, de si beaux mots qui sèment en moi du réconfort! 😊💐😊

  • Rolande St-Pierre
    Publié 9 octobre 2024 à 22 h 25 min

    Félicitations Jean pour ton Homélie,elle était très à propos ton image qui est ma mère et qui sont mes frères très belle comparaison pour nous faire saisir que peu importe notre racé ou nationalité nous sommes tous frères et sœurs en Jésus-Christ.cette homélie m’ à permis de réfléchir sur ma manière d’être et de parler des autochtones.Merci.
    Continue ton engagement auprès de ce peuple où tu vas à chaque mois .
    Bonne chance dans ton apostolat ici et là bas.

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