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Entrez dans la danse

Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash

Recension du livre Entrez dans la danse. L’interculturation de la foi catholique chez les Anichinabés suivant le modèle de la roue de médecine, (2025) d’Eva Salomon (Novalis, 2025). Traduction de l’anglais par Pierrot Lambert du livre Come dance with me (2022). (Note : la publication de ce livre en français a été rendue possible grâce à l’aide de Mission chez nous et d’AED Canada.)

Le livre Entrez dans la danse est « une invitation à la danse, que nous lance l’autrice, à travers le plan circulaire de la roue de médecine, un cadre pour l’interculturation de la foi catholique chez les Anichinabés » (p.19).

Dans son ouvrage, Eva Solomon préfère utiliser le mot interculturation au mot inculturation parce que le premier exprime plus adéquatement la notion de mutualité et de dialogue. Et l’interculturation de la foi catholique devient alors un dialogue mutuellement respectueux et culturellement adapté entre ce que les Anichinabés ont reçu comme évangélisation de la part des missionnaires eurocanadiens et leur spiritualité autochtone.

Quant à cette réflexion autour de la danse, elle s’appuiera sur l’exemple du pow wow qui s’inspire de la signification de la roue de médecine telle qu’elle est comprise par les Anichinabés catholiques, sachant que « le pow-wow est une danse collective traditionnelle ritualisée ayant pour but de renouveler et d’équilibrer les interrelations avec l’ensemble de la Création » (p 20).

Ceux et celles qui ont, en premier lieu, mis en œuvre cette invitation à «entrer dans la danse» sont des leaders anichinabés catholiques, forts de leur culture riche, dont l’autrice elle-même, sœur Eva Salomon, du diocèse de Thunder-Bay, au nord-ouest de l’Ontario, des missionnaires jésuites et oblats et des laïcs qui œuvrent dans ce milieu.

En vivant des Séminaires pastoraux autochtones (SPA) sur une période d’une dizaine d’années, ceux-ci ont pu développer cette interculturation de la foi catholique – ce modèle théologique, pourra-t-on dire – au fur et à mesure des rencontres qu’ils ont vécues ensemble. Ces SPA étaient l’occasion d’expérimenter et de célébrer des rituels et des cérémonies catholiques anichinabés.

Pour en arriver à cette interculturation, sœur Eva Salomon, Anichinabée et religieuse, nous parle d’abord du Premier Testament des Anichinabés qui consiste tout simplement en leur propre histoire, qui s’est écrite en relation avec le Créateur avant la rencontre avec les explorateurs et les premiers colons européens. « Nous sommes la mémoire vivante de la rencontre de Dieu avec nos ancêtres », écrit sœur Eva (p 58).

Ce Premier Testament, qui raconte les traditions spirituelles autochtones développées en lien avec le Créateur, sera ensuite mis en relation avec nos Ancien et Nouveau Testaments que Jésus est venu accomplir (p. 58), compris et relu en tenant compte de la symbolique sacrée de la roue de médecine.

Une grande question émerge alors : « Comment les Anichinabés pouvaient-ils demeurer fidèles aux deux traditions? » (p. 65) Avec les SPA a pu se faire une telle réflexion théologique, qui demandait conversion, guérison, réconciliation, transformation de la part des deux traditions spirituelles catholique et anichinabée.

Le premier élément de théologie sacramentelle abordé dans les SPA a été celui de la célébration du sacrement du baptême anichinabé. Cette réflexion a montré que les différents aspects et symboles du baptême chrétien s’intégraient dans le cercle sacré (roue de médecine) de la vie anichinabé, où le Christ devenait le « paradigme et le praticien de l’interculturation de la foi » (p. 74).

La réussite d’une telle relecture et d’une telle expérience devait se poursuivre avec d’autres éléments importants de la vie spirituelle des Anichinabés. Alors est venu l’idée, avec le SPA, d’aborder le pow-wow, toujours vécu en intégrant le sens sacré de la roue de médecine.

Cette démarche autour de la danse ritualisée des pow-wow qui s’effectue au son du tambour leur a permis de prendre conscience de la présence du Christ anichinabé dans la tradition et la culture anichinabée.

Dans ce SPA sur le pow-wow, une réflexion s’est poursuivie à propos de l’identité du Christ tant pour les Occidentaux, tel qu’il a été révélé par les Évangiles et que les missionnaires ont voulu le faire connaître selon leur culture d’origine, que pour les Anichinabés pour qui le Créateur est révélé dans leur Premier Testament, et que le Christ, ensuite, est venu révéler et accomplir dans la vie des Anichinabés d’aujourd’hui.

Tableau Le visage anichinabé de Jésus de l'artiste Gelineau Fisher | Photo tirée du livre
Tableau Le visage anichinabé de Jésus de l’artiste Gelineau Fisher | Photo tirée du livre en anglais

L’artiste Gelineau Fisher a alors peint un tableau ressemblant à une icône du Christ dont le visage montre des traits anichinabés, et où il revêtu des vêtements traditionnels. Ce Christ danse sur un tambour et dans un décor qui reflète les montagnes du territoire de cette nation. « En dévoilant le tableau du “Jésus anichinabé”, les participants ont invité le Christ au pow-wow. » (p. 168)

À partir de cette icône, les Anichinabés ont compris que Jésus est lui-même le tambour : il « est le battement du cœur du Créateur » (p. 154) et enseigne la danse de l’Amour.

En nous donnant la signification des quatre axes de la roue de médecine et des dons qui les accompagnent, sœur Eva souligne que les participant·e·s ont compris que cette approche favorisait une transformation de leurs communautés catholiques qui, par le moyen de leurs rituels anichinabés, permet le dialogue entre la culture anichinabée et la « vieille Église » qui s’est installée chez eux. Ils peuvent ainsi développer une théologie et une pratique pastorale « appropriée[s] à l’expérience anichinabée » (p. 175). Une transformation qui doit s’accompagner aussi de celle de l’Église catholique institutionnelle elle-même, une Église qui doit reconnaître la capacité de la foi catholique à s’exprimer aussi dans les traditions anichinabées.

Toutes ces démarches ouvrent la porte à la réconciliation, qui sera bien sûr longue et difficile. Car la réconciliation possible « dépasse une guérison physique et émotionnelle pour atteindre une transformation spirituelle et structurelle favorisant la dignité humaine » (p. 179).

Pour ma part, en tant que missionnaire allochtone en milieu innu depuis plus de 36 ans, j’ai assisté à la résurgence de la spiritualité autochtone chez eux. De multiples questions se sont posées au fil du temps pour tenter de comprendre comment faire des liens entre cette spiritualité et la foi et traditions catholiques dans lesquelles j’ai grandi. Rapidement, les questions théologiques ont surgi, et j’ai tenté d’y répondre au mieux de ma connaissance et de mon expérience. En comprenant un peu mieux les symboles de la spiritualité autochtone, j’ai réussi tant bien que mal, comme un autodidacte, à intégrer des éléments de cette spiritualité à ma pratique pastorale. Ainsi, le livre Entrez dans la danse m’apporte une meilleure compréhension de la spiritualité autochtone en lien avec ma foi et ma pratique pastorale. Comme c’est un cheminement qui se vit à deux, les Innus et l’Église catholique chez les Innus doivent entreprendre ensemble un cheminement semblable à celui qu’a vécu sœur Eva Salomon et les communautés anichinabées au sein des séminaires pastoraux autochtones (SPA), de même que l’Église du diocèse de Baie-Comeau par les missionnaires œuvrant en milieu innu.

Les tambours résonnent toujours et nous invitent à la danse.

Ce livre inspirant, publié en français chez Novalis avec l’aide de Mission chez nous, est en vente en librairie ou en ligne au prix de 24,95 $ ou vous est offert gratuitement par Mission chez nous avec un don de 250 $ ou plus.

On peut revoir aussi la rediffusion du webinaire de lancement du livre
Entrez dans la danse où le père Gérard témoigne de son expérience avec les Innus et commente sa lecture du livre.

 

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