La campagne Moose Hide (Cuir d’orignal), ça vous dit quelque chose? La Journée de la campagne Moose Hide est un jour de cérémonie où les Canadiennes et Canadiens sont appelés à se rassembler pour s’élever contre la violence envers les femmes et les enfants et prendre des mesures concrètes pour poursuivre notre cheminement collectif vers la réconciliation. Notre collaboratrice Helen-Rose Lam nous raconte son expérience lors de cette journée spéciale.
Cette année, j’ai suivi de près la campagne Moose Hide (campagne Cuir d’orignal) 2026, un mouvement national encourageant garçons et hommes à protéger les femmes et les enfants. Le symbole central de cette initiative est un morceau de cuir d’orignal épinglé aux vêtements des participantes et participants, représentant un engagement à respecter et à protéger les femmes et les enfants, et à dénoncer toute forme de violence. La campagne vise à sensibiliser, à responsabiliser et à promouvoir un changement durable dans la société.
Le mouvement trouve son origine dans la Route des Larmes, route située entre Prince George et Prince Rupert, en Colombie-Britannique, tristement célèbre pour le nombre élevé de femmes autochtones disparues ou assassinées le long de cette artère. Lors d’une chasse à l’orignal près de cette route, Paul Lacerte (de la Première Nation Carrier) et sa fille Raven Lacerte (de la Première Nation Lake Babine) ont eu l’idée de tanner la peau d’un orignal et de la découper en petits carrés pour honorer ces femmes. Cette initiative a donné naissance à une mobilisation nationale de communautés autochtones et non autochtones. Comme le souligne David Stevenson, président de la campagne, « la violence familiale n’est pas une fatalité; il nous incombe de décider collectivement si nous allons élever des générations qui l’accepteront ».

Cette année, la cérémonie principale de cette campagne a eu lieu à Toronto, mais des centaines d’activités se déroulaient simultanément dans des écoles, des lieux de travail et des collectivités à travers le Canada. J’ai eu l’occasion de vivre plusieurs temps forts, chacun illustrant une dimension particulière de la campagne.
Cérémonie d’ouverture
La journée a commencé avec la cérémonie du lever du soleil, dirigée par une aînée mi’kmaq, suivant les protocoles autochtones. Certain·e·s participant·e·s ont choisi de jeûner pour approfondir leur engagement. Par ce moment spirituel, on a pu sentir que la campagne n’est pas seulement politique, mais aussi introspective.
Séance plénière
La séance plénière a permis d’entendre des voix autochtones inspirantes. La conférence principale, donnée par Dr Niigaanwewidam Sinclair, Anicinabe de la Première Nation Peguis, écrivain, a porté sur la paternité et la nécessité de désapprendre des comportements nuisibles pour construire des relations positives. Paul et Raven Lacerte ont partagé des messages d’espoir, dont plusieurs invitaient à développer notre responsabilité collective. Bob Goulais, Anicinabe de la Première Nation Nipissing, a expliqué que l’orignal est un animal puissant mais pacifique, un modèle pour les hommes, en quelque sorte.
Grand-mère Renee Thomas, de la Nation Kaunga, a parlé de la douceur des hommes et du retour aux valeurs traditionnelles. Elle a expliqué le rituel initiatique pour les jeunes hommes qui fait partie de sa culture et vise à développer leur maturité. Les jeunes, aidés de leurs mentors, collectent herbes, pierres, cèdre et silex pour allumer un feu cérémonial. La persévérance nécessaire fait de ce feu un symbole de réussite collective et de transmission des savoirs ancestraux.
Rallye à Queen’s Park
Ensuite, les participantes et participants se sont réuni·e·s devant l’Assemblée législative de l’Ontario pour le rallye annuel, affirmant publiquement leur opposition à la violence envers femmes et enfants et honorant les victimes. La voix des jeunes était représentée par Theland Kicknosway tandis que les chants traditionnels et les tambours renforçaient le lien communautaire du rassemblement.
Cérémonie de clôture
La journée s’est terminée par une cérémonie de clôture. Le tabac, médecine universelle chez les Anicinabe, a été offert dans un bol cérémoniel. Bob Goulais et grand-mère Renee Thomas ont rappelé l’importance de la guérison, de la protection des enfants et de la prière pour ceux et celles qui ont subi ou causé du tort. Le jeûne a été rompu avec de l’eau, puis avec de petits fruits comme les bleuets et les fraises, considérés comme médecine nourrissante. Paul Lacerte a partagé son parcours personnel, soulignant l’importance de s’aimer soi-même pour agir positivement parmi les autres. La famille Lacerte a conclu avec un chant de remerciement pour les participants et participantes, suivi d’une bénédiction de la nourriture lors du repas communautaire, rendant hommage aux ancêtres et aux victimes.
Ateliers en ligne
Plusieurs ateliers ont enrichi l’expérience de la journée. Len Pierre, Coast Salish de la Première Nation Katzie, a animé un atelier sur la pratique autochtone concernant les soins sensibles aux traumatismes et explorant les liens entre colonialisme, violence d’État et traumatismes spécifiques aux peuples autochtones, puis proposant des stratégies pour créer des espaces sécuritaires et équitables.
Rachelle Lamb, coach en communication, a animé un atelier de communication non violente. Elle y a transmis des outils qui aident à résoudre les conflits avec honnêteté et compassion, afin de renforcer relations personnelles et professionnelles et éviter les cycles destructeurs de blâme.
Bob Goulais a, quant à lui, dirigé l’atelier « Être un homme gentil », où il a abordé la question de la vision anicinabe de la masculinité. Par les enseignements du soleil, du feu, des quatre directions et du rôle des hommes, il a insisté sur la douceur et l’engagement envers la famille et la communauté.
Pourquoi cette campagne est importante
Au cœur de la campagne Moose Hide se trouve le concept anicinabe de Mino-pimatisiwin, évoquant le bien-être et le bien-vivre. Ce concept désigne un mode de vie équilibré et harmonieux, qui prend en compte toutes les dimensions de l’existence humaine, y compris le corps, l’esprit, les émotions et la spiritualité. Chaque action doit être guidée par la conscience de ses effets sur le monde qui nous entoure. Ce mode de vie reflète une vision interconnectée de la vie elle-même, où chaque choix et chaque interaction ont une importance éthique. La gratitude, la réflexion sur ses actions et le respect des cycles naturels en sont des aspects essentiels. Adopter Mino-pimatisiwin, c’est donc chercher à vivre avec intégrité.
Cette campagne contribue à la réparation des répercussions des pensionnats et la promotion d’une masculinité saine. Participer à ces cérémonies et à ces ateliers m’a donné une perspective unique sur la manière dont les traditions autochtones peuvent inspirer un engagement concret et durable. Porter le cuir d’orignal est un appel à l’action, une transformation culturelle et spirituelle touchant hommes, femmes et enfants à travers tout le Canada. Dans l’ensemble, cette journée nous permet de reconnaître que le courage et la force des hommes ne se mesurent pas par la violence, mais par la patience, la solidarité et l’amour. Elle illustre comment traditions, spiritualité et action citoyenne peuvent converger pour créer une société plus digne et bienveillante pour toutes et tous.
Pour en savoir plus sur cette campagne et accéder aux vidéos de la journée, vous pouvez visiter le site Web: https://fr.moosehidecampaign.ca/

Helen-Rose Lam est une jeune femme d’origine chinoise résidant à Ottawa, où elle occupe le poste d’analyste en politiques au sein du gouvernement fédéral du Canada. Helen-Rose s’engage dans plusieurs initiatives communautaires avec les Premières Nations et elle contribue à la vie de sa paroisse Saint-Jean-Baptiste. Titulaire de deux maîtrises, elle connaît un assortiment de méthodes de recherche et d’évaluations quantitatives ainsi que qualitatives.

