Image en bandeau : Lire en nature | Photo : Ben White/Unsplash
Recension du livre Les étoiles m’ont chanté ton nom de Tasha Spillett-Sumner, traduit par Natasha Kanapé Fontaine (Montréal, Bayard Jeunesse Canada, 2023, 36 pages).
On dit que rien n’est comparable à l’amour d’une mère pour son bébé, qui restera toujours aussi charmant à ses yeux. Le livre Les étoiles m’ont chanté ton nom présente cette réalité directement à l’enfant, à qui s’adressent les paroles exquises de la mère. Quelle bonne idée que de cibler un public de tout-petits pour aborder ce sujet! Ce que la mère, la narratrice du récit, raconte en toute simplicité au lecteur qu’est son bambin lui fait découvrir combien l’accouchement est sacré et à quel point la communauté joue un rôle central dans l’accueil d’un enfant.
La sacralité de la naissance
Avec ses illustrations délicates à l’aquarelle, l’artiste rend parfaitement compte de la signification de l’accouchement dans la culture inniniwak. Les pages toutes colorées mettent véritablement en lumière la sacralité de la venue au monde d’un enfant.
Dans son ensemble, ce livre montre l’importance de faire appel aux soins physiques, émotionnels et spirituels pour assurer le bien-être de l’enfant. Suivant les sentiers pavés par les générations précédentes, la mère emplit un sac de médecines sacrées, comprenant entre autres le cèdre et la sauge (p. 18), et confectionne avec tendresse pour le nouveau-né une couverture sur laquelle figure un motif d’étoile (p. 8). De même. On souligne l’événement de l’accouchement par des cérémonies particulières (p. 9). En valorisant ces pratiques, le livre invite les lecteurs et lectrices à porter un regard attentif au miracle transcendant de l’accouchement au lieu de le percevoir comme une pathologie qui nécessite l’hospitalisation. De nos jours, diverses pressions technomédicales au sein du régime de soins de santé des hôpitaux peuvent malheureusement s’exercer de manière à ce que le corps et l’esprit des femmes enceintes soient traités avec indignité. Bien que l’autrice, dans ce livre, ne présente pas de solutions explicites aux injustices, elle propose avec sagesse, par ces humbles lignes destinées à un enfant, de redonner aux processus naturels de la grossesse, de l’accouchement et du repos postnatal le respect qu’ils méritent, une attitude qui fait parfois défaut dans le système de santé prédominant. Ainsi, cet ouvrage incarne une forme de résistance maternelle contre l’ingérence de la médicalisation excessive dans le domaine de la naissance, tant sur le plan personnel que communautaire.
La communauté bienveillante
Un sentiment d’appartenance habite la voix à la fois douce et retentissante de la mère. Par exemple, elle explique au bébé qu’il fait partie du territoire des ancêtres, ancré dans les racines de sa parenté (p. 9). De plus, dans son milieu, les proches offrent un soutien amical (p. 18). Selon les traditions autochtones, la communauté accompagne la femme qui se prépare à donner le jour. Puis, après sa naissance, le bébé demeure blotti contre sa mère (p. 13). Ce modèle de connexion humaine favorise une approche saine, par opposition à la culture courante autour de l’accouchement plutôt marquée par cette pression que la femme subit pour retrouver rapidement une indépendance bien illusoire. Une attitude de patience collective (p. 21) honore non seulement l’acte de donner la vie mais aussi le cheminement précieux de l’attente et le temps d’adaptation qui suit. Contrairement à la société actuelle faisant preuve d’impatience, où les gens ont tendance à se défiler rapidement après avoir fêté brièvement avec la mère l’arrivée du bébé, ce livre met de l’avant une vision d’entraide qui s’étend à la période postpartum. Dans ce récit, le geste communautaire qui consiste à souhaiter la bienvenue à l’enfant (p. 22) révèle plutôt le caractère indispensable d’un entourage qui se fait solidaire et n’abandonne pas la mère et l’enfant. C’est un réseau dans lequel ceux-ci s’intègrent naturellement. Une telle approche propose une solution de rechange à l’isolement en osant s’appuyer sur des relations communautaires cruciales.
Sans employer un ton expressément activiste, ce livre témoigne de la belle possibilité qu’ont les peuples autochtones de cultiver un environnement favorable à un accouchement en accord avec leurs valeurs fondamentales. Ainsi, en se présentant sous la forme d’un message affectueux communiqué intimement entre la maman et le bébé, le livre se dresse comme une lampe qui fait briller l’espace sacré de la naissance et la nécessité de préserver les liens vitaux entre les mères, leurs familles et leurs communautés.

Helen-Rose Lam est une jeune femme d’origine chinoise résidant à Ottawa, où elle occupe le poste d’analyste en politiques au sein du gouvernement fédéral du Canada. Helen-Rose s’engage dans plusieurs initiatives communautaires avec les Premières Nations et elle contribue à la vie de sa paroisse Saint-Jean-Baptiste. Titulaire de deux maîtrises, elle connaît un assortiment de méthodes de recherche et d’évaluations quantitatives ainsi que qualitatives.

