Image en bandeau : Le pape François lors de son passage au Canada en juillet 2022 | Photo : Pascal Huot/AMeCO
L’héritage du pape François est multiple et il nous semble particulièrement inspirant dans le domaine des relations entre l’Église catholique et les Premiers Peuples d’ici et d’ailleurs. Son voyage historique, qui s’est déroulé du 24 au 29 juillet 2022 dans les régions d’Edmonton, Québec et Iqaluit, a ouvert de nouveaux possibles, malgré certains angles morts. Trois verbes nous semblent résumer l’approche du pape François sur ces enjeux : écouter, reconnaître et guérir.
Note : une version écourtée de ce texte est d’abord paru dans le magazine Rencontre vol. 15, no 51, juin-juillet-août 2025. On peut lire cette version de l’article dans le magazine en format numérique disponible sur Calaméo (page 9).
Écouter
L’écoute était centrale dans les relations qu’entretenait le pape François avec les communautés autochtones du monde entier. Plusieurs intervenantes et intervenants autochtones ont souligné la qualité d’écoute déployée par le pape François, tant lors de son « pèlerinage pénitentiel » au Canada qu’au moment de recevoir des délégations autochtones au Vatican, au printemps 2022. Mandy Gull-Masty, alors grande cheffe de la Nation crie et nouvellement élue à la Chambre des communes, mentionnait d’ailleurs comment elle avait été touchée par le fait que le pape ait indiqué, lors de son voyage au Canada, se rappeler avec honte et indignation ce qu’il avait entendu à Rome quelques mois plus tôt. Madame Gull-Masty souligne également avoir apprécié le fait que le pape ait rapporté au Canada des mocassins qui lui avaient été confiés à Rome, mocassins qui représentaient les enfants autochtones qui ne sont jamais revenus des pensionnats. En témoignant de la peine qu’il porte, en nommant comment les récits entendus continuent de le remuer, en portant attention à des objets symboliques comme ces mocassins, le pape François nous a montré comment établir les fondations d’une véritable relation avec les communautés autochtones.
Reconnaître
Les excuses prononcées par le pape François à Rome, puis en sol canadien, mais aussi en Amérique du Sud pour le rôle joué par l’Église catholique dans les pertes culturelles, spirituelles, territoriales et humaines découlant d’un colonialisme qui, de bien des manières, perdure, constituent un moment historique. La théologienne Christine Jamieson, membre de la Première Nation Boothroyd, souligne que le legs le plus important du pape François, au regard de la vérité et de la réconciliation au Canada, est probablement d’avoir eu la volonté et l’humilité de reconnaître une souffrance toujours vive, d’avoir été présent à ceux et celles qui souffrent et, face à cette souffrance, d’avoir eu l’audace de demander : « Qu’est-ce que vous vivez ? Que traversez-vous comme épreuves ? Que ressentez-vous ? » Cette reconnaissance des torts causés et ces excuses prononcées avec sincérité « offrent l’occasion d’établir de nouvelles relations et de tracer de nouveaux chemins ensemble », souligne le professeur Jonathan Hamilton-Diabo, membre de la communauté mohawk de Kahnawake.
Guérir
L’héritage du pape François en matière de relations avec les Premiers Peuples, est aussi une invitation à réfléchir moins dans une dynamique de réconciliation que de guérison. Ce thème de la guérison est très présent en milieu autochtone, y résonnant davantage que celui de « réconciliation ». Par sa présence et ses paroles, le pape François aura permis à plusieurs personnes autochtones de faire un pas de plus dans leur long chemin de guérison.
Tant dans l’encyclique Laudato si’ que lors du Synode sur l’Amazonie, François a mis de l’avant la notion d’écologie intégrale, soulignant l’importance de la sauvegarde de la « maison commune ». Il a aussi, au fil de son pontificat, insisté sur l’importance de reconnaître et défendre les cultures et les spiritualités autochtones, ainsi que les droits territoriaux de ces peuples. Ce faisant, le pape François invitait aussi les non autochtones à vivre un chemin de guérison : guérison de leur rapport extractiviste au territoire, de leur dépendance à la consommation, de leur conception déshumanisante de l’efficacité et de leur soif de pouvoir.
Le pape François n’était pas parfait, mais par sa manière d’écouter, d’être présent, et par son humilité, il a tracé pour nous le chemin à suivre afin que nous puissions toujours mieux « marcher ensemble ».
Note : une version écourtée de ce texte est d’abord paru dans le magazine Rencontre vol. 15, no 51, juin-juillet-août 2025. On peut lire cette version de l’article dans le magazine en format numérique disponible sur Calaméo (page 9).
Mathieu Lavigne est titulaire d’une maîtrise en histoire de l’Université de Montréal. Il est le directeur de Mission chez nous depuis juin 2020. Auparavant, il a été agent de sensibilisation au Centre de services de justice réparatrice de Montréal et agent de communication à l’Institut de pastorale des Dominicains. Depuis plusieurs années, on peut l’entendre sur les ondes de Radio VM.

