Image en bandeau : « Libérez Leonard Peltier » | Photo : Wikipedia
Le parcours de Leonard Peltier est parsemé « d’injustices, de courage et de passages sombres ». Après avoir passé près de 50 ans en prison, il a reçu récemment la clémence de Joe Biden, ex-président des États-Unis, et a été libéré. Même s’il demeure assigné à résidence, il est enfin de retour parmi les siens. En cette année jubilaire, l’espérance des pardons et des réconciliations est sûrement nécessaire. Une réflexion toute personnelle de Louise Royer.
L’histoire de cet aîné est émaillée d’injustices, de courage et de passages sombres. Quel bonheur de le savoir enfin à la maison! En cette année jubilaire où on espère notamment la libération des captifs (Lv 25, 10), la clémence pour Leonard Peltier, en prison depuis près de 50 ans, était espérée, mais surprenante. Des prières sont exaucées!
Leonard Peltier est de la nation Turtle Mountain Chippewa (Anishinabé/Lakota); il a grandi au Dakota du Nord. Il a été éduqué par sa famille, notamment par sa grand-mère; et a subi le pensionnat de Wahpeton. Jeune, il a récolté des patates au Manitoba.
Militant de l’American Indian Movement, il s’était rendu à la réserve Pine Ridge de la nation Oglala au Dakota du Sud pour appuyer des compatriotes résistant à l’appropriation de leurs terres, riches en uranium, dans un contexte de terreur alimenté par l’intervention du FBI (Federal Bureau of Investigation). Plusieurs personnes ont été tuées, en majorité autochtones, incluant, le 26 juin 1975, deux agents du FBI : Ronald Williams and Jack Coler.
Craignant de servir de bouc-émissaire, Leonard Peltier a trouvé refuge auprès d’une nation autochtone dans les Rocheuses canadiennes. Il a été retrouvé par la Gendarmerie royale, emprisonné à Vancouver, puis extradé sur la base de faux témoignages (FBI, cité par le Barreau canadien, 2016). Il semble que ce passage au Canada lui ait épargné la peine de mort, car c’est à cette époque que Warren Allmand, solliciteur général dans le cabinet Trudeau, a piloté le dossier de l’abolition de ce châtiment « immoral et inutile ».
« Un symbole du besoin de réconciliation entre Washington et les peuples autochtones1. »

En 1977, M. Peltier est jugé criminellement responsable des deux meurtres. Il écope de deux peines de prison à vie, rallongées de 8 ans à la suite d’une évasion. Il nie avoir tué les agents. Plusieurs dénoncent les irrégularités de son procès. La guerre froide s’est invitée dans la partie, avec ses écrans de fumée. En 2019, le magistrat retraité Kevin Sharp, ayant constaté les défaillances des processus judiciaires, devient un véhément défenseur de Peltier. Malgré tout, ses demandes de libération conditionnelle ont toujours été refusées.
Sans relâche, des comités de soutien aux États-Unis, au Canada et ailleurs, militent pour sa libération. Des ressources sont mobilisées année après année, donnant lieu à des marches, des chevauchées, des manifestations, des plaidoyers, des pétitions, des films (Robert Redford), des demandes de révision du procès, et au financement d’œuvres de bienfaisance dans les communautés appauvries. Amnesty international considère Leonard Peltier comme un prisonnier d’opinion. Aujourd’hui âgé de 80 ans, il a passé près de 50 ans en prison. En janvier 2025, Joe Biden lui accorde la clémence : il est assigné à résidence jusqu’à la fin de ses jours.
M. Peltier a gardé un esprit libre, l’esprit de Crazy Horse, selon le titre de son livre-témoignage. Son incarcération ne l’a pas empêché d’écrire, de peindre, de s’engager socialement. Il a 5 enfants, dont un est décédé; une bonne dizaine de petits-enfants et près d’une vingtaine d’arrière-petits-enfants. Sa communauté et sa famille sont organisées pour l’accueillir, le loger, le soigner, le nourrir, lui procurer tendresse et réconfort. Il continuera d’inspirer des Autochtones et leurs alliés.
Ô Canada
Au Canada, un comité de soutien a longtemps agi sous la direction de Frank Dreaver. On doit de fières chandelles à ces personnes qui, comme Vima Beauvais de Kahnawake, n’ont jamais lâché : Warren Allmand (1932-2016), le syndicat des postiers, Alternatives et bien d’autres. En 2016, le Barreau canadien demandait la clémence pour M. Peltier; mais le Gouvernement a refusé de donner suite.
L’Assemblée des Premières Nations a pris fait et cause pour Peltier en 1987 pour demander qu’il revienne au Canada, puis en 1999 pour qu’on lui accorde la clémence. En juillet 2024, en assemblée générale, elle a retiré son appui. Pourquoi? La famille d’Anna Mae Pictou Aquash, Mi’kmaw originaire de la Nouvelle-Écosse, impute à Peltier l’ordre de son assassinat, survenu en décembre 1975 à Pine Ridge. Un documentaire américain, Vow of silence (2024), raconte leur histoire2. Deux hommes ont déjà été condamnés pour ce meurtre. On peut comprendre que la collaboration des forces policières pour retrouver les femmes autochtones disparues ou assassinées est cruciale. La demande de clémence pour M. Peltier était comme du sable dans cet engrenage.
Les efforts œcuméniques
Le Conseil national des Églises des États-Unis a adopté une résolution en 1997 pour demander d’une seule voix la clémence pour M. Peltier. Mère Teresa, le pape François, Jesse Jackson, Desmond Tutu et plusieurs autres ont pris la parole pour sa cause. Au Québec, l’ACAT – Action des chrétiens pour l’abolition de la torture – a présenté son histoire dans le bulletin de mai 2021.
Lors des préparatifs du pèlerinage pénitentiel du pape François en 2022, la cause de Leonard Peltier a reçu une attention nouvelle de la part de catholiques aux États-Unis. L’archevêque de Miami Thomas J. Wenski a tenté de visiter Peltier, mais l’établissement a réfuté l’autorisation alors que lui et un émissaire des Œuvres pontificales missionnaires étaient en chemin (Victor Gaetan, Detroit Catholic 2022).
Punition et grâce
D’un point de vue humanitaire, on peut considérer que M. Peltier a purgé plus que la peine légitime : au Canada, la limite d’incarcération n’est-elle pas de 25 ans? Pire, il était détenu en Floride, très loin de sa communauté. On pourrait croire que le système carcéral ait tout intérêt à confier un octogénaire dont la santé est chancelante à sa famille, vu les coûts élevés des soins de santé aux États-Unis. C’est sans compter l’esprit de vengeance d’une partie de l’opinion. Le fait qu’il soit assigné à résidence montre que la punition suit son cours.
Sans bouder la joie du retour de Leonard Peltier chez lui, on peut s’interroger sur l’arbitraire des clémences, des pardons et des dénis de justice que le président des États-Unis a le pouvoir d’accorder. Où est la séparation des pouvoirs exécutif et judiciaire?
Mais inutile de nous ingérer dans les affaires du voisin : la mission n’est-elle pas chez nous? Il y a tant à faire pour réduire le taux d’incarcération alarmant des Autochtones; contrer les discriminations et les injustices dans l’accès aux ressources et la prestation de services, protéger les terres et les eaux pour les générations futures…
Une prière jubilaire
Que le Seigneur soit loué pour la clémence accordée! Place à la justice réparatrice et à la guérison des mémoires! Prions pour plus de liberté, de vérité, de justice et d’amour; que les prises de conscience et les pardons puissent advenir et guérir les cœurs blessés! Qu’intercèdent sainte Kateri Tekakwitha, les saints martyrs canadiens et le vénérable Nicolas Black Elk pour la réconciliation tant espérée!
Un jubilé, c’est fait pour ça!
Pour aller plus loin
Livres, films, vidéos, articles, etc. à propos de Leonard Peltier (format PDF)
À noter : ajout à la liste précédente
Lors du festival Présence autochtone 2025, le film Free Leonard Peltier de Jesse Short Bull et David France (É.-U., 2025) a remporté le Prix du meilleur documentaire « Les films du 3 mars » – mention honorable/prix de l’engagement politique.
Synopsis : Leonard Peltier, un des leaders encore vivants de l’American Indian Movement, a été incarcéré 50 ans à la suite d’une condamnation controversée. Une nouvelle génération d’activistes amérindiens s’est engagée à le faire libérer avant qu’il ne meure. (v.o.a., 1 h 43)

Louise Royer est directrice de l’Office de la pastorale sociale du diocèse de Montréal depuis juillet 2018, à temps partiel depuis novembre 2023. Elle a eu le privilège de connaître des Autochtones lors divers engagements en Abitibi, en Bolivie et au Québec. En tant qu’adjointe au secrétaire général de l’Assemblée des évêques catholiques du Québec de 2008 à 2013, elle a été secrétaire du comité de pastorale auprès des Autochtones.

