Image en bandeau : Le pic Black Elk dans le Dakota du Sud | Photo: https://harneypeakinfo.com/
Voici quelques réflexions exprimées par notre collaboratrice à la suite d’une séance d’information offerte par l’Indigenous Catholic Research Fellowship sur la vie de Nicholas Black Elk, Oglala Lakota, reconnu officiellement par l’Église comme Serviteur de Dieu. Une vie exemplaire vouée au service de Dieu et à celui de sa communauté autochtone. Une vie qui crée des ponts spirituels entre les Autochtones et les allochtones.
Regroupant des académies et des organismes de partout au Canada et aux États-Unis, l’Indigenous Catholic Research Fellowship (ICRF) est un réseau de recherche ayant pour but de rassembler de manière fraternelle des individus et des institutions autochtones et non autochtones autour de projets de recherche, d’analyse et de sensibilisation. Généralement, les questions de recherche abordées dans leurs projets portent sur l’interculturalité au sein de l’Église, l’accent étant mis sur la contribution des peuples et des cultures autochtones à l’Église et à la nouvelle évangélisation. Dans ses analyses, l’ICRF applique des principes de solidarité, de subsidiarité, de dignité humaine et de bien commun issus de l’enseignement social catholique et s’intéresse aux enjeux concernant les peuples autochtones. Ce faisant, les travaux de l’ICRF souhaitent modifier la perception qu’a le public des peuples autochtones en la faisant passer d’un paradigme de déficit – une perspective qui se concentre sur les aspects négatifs et ce qui manque à ces personnes – à un paradigme qui apprécie les contributions distinctes des peuples autochtones à la société et à l’Église.
Lors d’une séance virtuelle qui a eu lieu le lundi 12 mai dernier, l’ICRF nous a proposé d’en connaître davantage sur la vie et les œuvres de l’Oglala Lakota catholique (reconnu officiellement comme Serviteur de Dieu) Nicholas Black Elk en invitant le professeur Mike Taylor à donner une conférence sur son livre Black Elk’s Life Speaks That Much… More. En fait, cette conférence a fait suite à leur réunion de février où le diacre Larry Deschaine a animé une présentation intitulée Nicholas Black Elk: Bridging Native American Spirituality and Catholicism (Nicholas Black Elk : un pont entre la spiritualité amérindienne et le catholicisme). Personnellement, je considère Black Elk comme le catéchiste le plus dévoué au Chemin rouge1 qu’il m’ait été donné de découvrir. En tant que mystique et homme ayant fait preuve de résilience exemplaire au sein de sa communauté lakota, Black Elk a ainsi permis à son peuple de développer une grande connaissance des réalités transcendantes auxquelles il aspirait.
J’ai écouté d’une oreille attentive ce que le professeur Taylor racontait à propos de Black Elk. Il nous a fait découvrir la nature de la connexion toute mystérieuse que celui-ci entretenait avec l’au-delà. Cette capacité unique qu’il avait lui a permis de devenir un exemple de détachement tranquille par rapport aux biens matériels d’ici-bas. Une de ses citations connues en fait foi : « Tout homme qui s’attache aux choses de ce monde est un homme qui vit dans l’ignorance et qui est dévoré par les serpents de ses propres passions. » À l’âge de 9 ans, il a été témoin d’une vision mystique venue du ciel, événement qui – tout exceptionnel qu’il ait été – l’a chargé d’un rôle important, celui de guider son peuple. Par sa parole publique et ses enseignements, Black Elk a incité ses amis à persévérer sur le Chemin rouge – celle du dévouement au Créateur, ainsi que du respect de soi-même, des autres et de la création. Aujourd’hui, ceux qui s’efforcent de renoncer à la dépendance et à la drogue peuvent faire appel à ce serviteur mystique, modèle d’un détachement fondé sur l’abandon à Dieu.

Il va sans dire que cette notion d’abandon demande de l’humilité, une vertu indispensable à la spiritualité chrétienne. Peut-elle coexister avec l’immense fierté qu’éprouvent les Lakotas des Grandes Plaines? En réalité, la société des Lakotas repose sur le système des clans. Dans cette organisation sociale, la position hiérarchique d’un membre se détermine en fonction de son habileté à la chasse, de son courage ou des connaissances qu’il a de la médecine traditionnelle. Comme il s’agit fort probablement d’une fierté véritable, et non d’orgueil, la haute estime de soi que portent les Lakotas envers eux-mêmes alimente le bien-être de leurs âmes, plutôt que de leur nuire. Après tout, il y a de quoi se sentir digne et victorieux : puisque leur survie dépendait de la chasse au bison, les Lakotas des Plaines se déplaçaient au rythme des migrations des troupeaux. Les tipis s’édifiaient rapidement – moments qui cristallisaient assurément leur confiance. En tant que membre fier de sa nation autochtone, Black Elk n’a pas hésité à défendre les droits de sa communauté, souvent ignorés ou bafoués par le gouvernement. Sa participation à la bataille de Little Bighorn aux côtés de son cousin Crazy Horse témoigne de son souci concernant la négligence du gouvernement américain envers ses promesses en matière de droits fonciers. Ses actions guerrières ont exhorté le gouvernement à honorer ses obligations définies dans le traité de Fort Laramie (1868).
Le professeur Taylor a aussi partagé avec nous ce que signifie pour lui la canonisation de sainte Kateri Tekakwitha. Au cœur d’un monde hostile et colonial qui cherchait à dominer les peuples autochtones, sa canonisation vient mettre de l’avant l’apport des communautés autochtones à notre foi. De même, la demande de canonisation actuelle de Black Elk, formulée par la communauté lakota et les Jésuites, s’inscrit dans cette même volonté de mettre en lumière une vie vouée au service de Dieu et à celui de sa communauté autochtone.
À la fin de sa conférence, le professeur Taylor nous a fait part du récit lakota intitulé Wicahpi Hihpaya (« Étoile déchue ») et de ce qu’il représente pour le peuple lakota. Dans ce récit, une figure céleste descend sur terre pour aider les humains, vaincre le mal et restaurer l’équilibre. Pour les Lakotas, ce récit symbolise l’espoir, la justice et la protection offerte par des forces spirituelles bienveillantes. Cette merveilleuse image peut aussi renvoyer à la mission spirituelle même de Black Elk et à l’héritage qu’il nous laisse…
Je tiens à exprimer ici ma reconnaissance envers l’ICRF pour ses initiatives éducatives qui créent des ponts spirituels entre Autochtones et allochtones.
Article à lire en complément : «Nicholas Black Elk : chef spirituel lakota et catholique engagé», par Damian Costello

Helen-Rose Lam est une jeune femme d’origine chinoise résidant à Ottawa, où elle occupe le poste d’analyste en politiques au sein du gouvernement fédéral du Canada. Helen-Rose s’engage dans plusieurs initiatives communautaires avec les Premières Nations et elle contribue à la vie de sa paroisse Saint-Jean-Baptiste. Titulaire de deux maîtrises, elle connaît un assortiment de méthodes de recherche et d’évaluations quantitatives ainsi que qualitatives.

